547031-image-1Ah ben je me suis régalé avec ce petit western à la française - merci ma douce pour ça. Ça commence un peu à la Manhattan Transfert (si, si) avec la présentation d'une douzaine de personnages (un, deux, trois) à chaque chapitre, des personnages qui vont finir forcément par se croiser dans un bled paumé de l'ouest. Des aventuriers, des fuyards, des indiens, des fous furieux, des-gamines-qui-soignent-avec-des-plantes-et-des-chants, des prostiputes, des tueurs, des barbiers, et même, cerise, des Chinois. Chacun se retrouve souvent, un brin malgré lui, dans le tourbillon de l'action (des Européens au milieu d'une tribu d'indiens attaquant leurs voisins, un rôdeur qui vole le cheval d'un rôdeur qui a volé le cheval d'un rôdeur) avant de venir s'installer un peu plus paisiblement et sereinement au sein de cette petite ville où les dangers sont loin d'être tous écartés. Minard, avec un certain art de l'ellipse (ellipse qu'elle prend toujours le soin par la suite de combler), nous fait côtoyer ce petit monde de rêveurs (qui veut construire des bains, qui veut élever des moutons, qui veut ouvrir une quincaillerie et faire des affaires avec les Indiens, qui veut développer son bar et son commerce de prostiputes...) qui tentent bon an mal an d'atteindre leur but. Des règlements de compte qui charclent, forcément (avec une scène finale que Leone se serait sûrement fait un grand plaisir à mettre en scène... ça sent l'harmonica à plein nez), des amourettes qui voient le jour (souvent interculturelles et c'est toujours de bon augure dans cet ouest un brin conservateur), des amitiés, une certaine solidarité, qui ont la peau dure. A moins d'être flingué.

Il faut prendre le bouquin à bras le corps, comme un véritable page-turner, surtout au début, pour ne pas se perdre dans ces multiples personnages. Après c'est que du nanan. Minard aime à jouer avec tous les codes du genre sans tomber dans les gros clichés et dote son roman d'un petit ton pince sans rire, de petites remarques, de dialogues souvent surprenants et drolatiques, qui rendent la lecture, ma foi, fort plaisante. Chaque personnage, clairement dessiné, essaie de trouver sa place dans cette société in progress où se serrer les coudes permet souvent de survivre – ou sinon, au moins, de se péter la tronche à grand coup d’alcool frelaté. Le projet était risqué, en un sens, et Minard s'en sort avec gloire et honneur - et robustesse ; et donne envie de découvrir ses tentatives d'exploration dans des domaines tout autre. Envie d'un duel avec un bon vieux roman qui sent le sable et la poudre ? Dégainez icelui !