dans-la-brume_image-une-fiche-film

Bon, Dans la Brume marque au moins le louable effort d'inscrire le cinéma français dans le genre fantastique. A force de répéter la chose, on constate que depuis quelques années, notre bon vieux cinoche psychologico-bourgeois national commence à lever la tête de son nombril et à aller explorer des horizons jusqu'alors savamment gardés par les Américains. C'est louable. Même si celui-ci n'est pas encore le grand film espéré, on note un beau travail et une réelle volonté de travailler le genre : inquiétude, paranoia, claustrophobie, hantise du péril écologique, peur de l'abandon et de la solitude, tout y est pour réussir un thriller de bonne facture. Bon, à côté de ces choses-là, il faut reconnaître que tout y est aussi pour se vautrer : Romain Duris en héros (hein ? non, nul : c'est Duris), une certaine Olga Kurylenko en partenaire (rarement vu une comédienne aussi fausse), des effets spéciaux faits avec un Photoshop de 1984, et une propension fatiguante à faire ressurgir la psychologie à la française à n'importe quel moment, ici à travers un scénario sur-écrit, des touches de mélodrame inutiles et une glorification des relations parents-enfants. Si on n'a pas minimum une gosse malade et un père tourmenté, coco, on dépassera pas le million, moi j'te l'dis, rien à foutre de ta brume, ce qu'il faut c'est les faire pleurer. Donc envoyez les violons, densifiez moi ce père de famille, adjoignez-lui une épouse fragile et belle, mais fragile et un peu manche, mais fragile, et emballé c'est pesé. Maudits soient les scénaristes français, qui ne parviennent pas à fare confiance à leur concept de base, et qui chargent toujours la mule au niveau du scénario : le film y perd une bonne partie de sa force.

2556663

Nonobstant, il y a des qualités là-dedans. Surtout dans le mystère qui tombe sur ces personnages, et qui transforme Paris en une ville silencieuse jonchée de cadavres. Après un tremblement de terre, une brume mortelle monte de la terre pour recouvrir la capitale, décimant une bonne partie de ses habitants. Perché tout en haut de son immeuble, Matthieu a survécu, et a réussi à sauver également sa femme, un couple de petits vieux, et sa fille, atteinte de je ne sais quelle maladie qui la condamne à vivre dans une bulle salvatrice. En effet, la brume s'est arrêtée juste avant le dernier étage, laissant Paris dans une nappe inquiétante et invivable. Notre héros, solide et beau et immortel et courageux et malin et aimant, parviendra-t-il à s'extirper du marasme, et à sauver également les siens ? Rien n'est moins sûr, et ce qui est le plus agréable, c'est que le film sait ménager des surprises, ne pas aller droit dans les scènes attendues, ménager des rebondissements sympathiques ; notamment pour sa toute fin, très réussie et surprenante. Roby réussit bien ses scènes d'ambiance, plongeant son décor dans une atmosphère oppressante, travaillant ses couleurs avec inventivité, et privilégiant souvent l'attente, le contemplation du chaos plus que les scènes d'action, d'ailleurs souvent très artificielles (une plongée dans la Seine, un chien méchant en liberté, une bagarre avec un survivant, autant de séquences qui font pschiit et ne mènent à rien). Fasciné par son idée de brume maléfique, il se contente bien souvent de la filmer, et point barre, et ça marche. A côté de ça, on n'a pas grand chose à battre de la survie de notre gars Duris, ni surtout de sa femme qu'on a envie de voir mourir le plus vite possible, si possible dans d'horribels souffrances, plutôt que d'avoir à endurer son jeu plus longtemps. Musique médiocre, scénario maladroit, acteurs fluctuants, tout ça est un peu oublié sous la force du concept et de l'idée de départ : on regarde le film sans broncher, avec parfois même le souffle un peu court devant les atmosphères confinées mises en place. Un film à saluer plus pour ses efforts que pour son résultat, mais c'est déjà ça (je suis bien luné aujourd'hui, diable...)

image