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Pas facile de commencer sa carrière en pleine guerre... Kinoshita semble vouloir ici profiter de l'occasion pour dépoussiérer le côté sacré d'une légende, d'une tradition ancestrale - en temps de guerre, quand la nation est au-dessus de tout, les petits intérêts personnels perdent de leur poids tout comme les habitudes à la con qui datent de Mathusalem. Toute l'histoire, qui donne au départ l'impression de s'éparpiller un peu dans tous les sens, se rattache plus ou moins au clan Onagi – une famille de propriétaires terriens assez nantis. Il y a d'abord cette fameuse Epée Magoroku qui est un véritable trésor de famille et qui est convoitée par un docteur militaire qui traîne dans les parages (on reviendra à ce docteur, un élément-clé du récit). Il y a surtout de fameuses légendes autour du clan : d'une part, leur champ n'est pas exploité car toute tentative de le cultiver apporterait le malheur au village : d'autre part, tous les hommes de la famille ou qui se lient avec la famille disparaissent prématurément... Autant dire que cela met la pression sur cette famille : pressée par les agriculteurs du coin de rendre enfin cette parcelle disponible, leur résistance est de moins en moins bien perçue... Comme la mère Onagi est intransigeante et que le dernier descendant du clan est un jeune garçon nerveux et souffreteux qui pique des crises au moindre problème, aucune discussion ne semble possible pour arranger les affaires de chacun. Enfin, il y a des mariages en attente qui sont plus ou moins liés directement au clan Onagi – un clan qui, disons-le tout de go, emmerde un peu tout le monde avec ses principes ancestraux et ses superstitions à deux yens.

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On sent que Kinoshita, après une scène d'ouverture virevoltante avec combats de samouraïs dans la prairie (une page d'histoire qui remonte à la fin du XVIème siècle et qui est le point de départ de certaines légendes), a tôt fait de s’assagir : il se lance alors dans une sorte de film choral en s'intéressant à une bonne dizaine d'individus du village. On met un peu de temps pour savoir qui est qui, qui veut quoi, et surtout à comprendre le fil rouge de la chose... On se dit que tout ce petit monde qui se tourne autour, se croise, s'aime, s'engueule va bien finir à un moment ou un autre par se poser : il faudra bien en effet à un moment donné que ces diverses tensions ou autres relations amoureuses s'apaisent, accouchent d'une solution. Patient, on se devra de l’être, puisque c’est seulement sur la fin que, sous l'impulsion du jeune docteur, le fils de famille du clan Onagi reprendra ses esprits et prendra les décisions qui s'imposent (exploitation du champ, mariages, futur de l'Epée, etc...). Bon. On fait la connaissance avec divers personnages qui, malgré leur rôle parfois réduit, ont une certaine épaisseur (ce faiseur de sabre qui se marre à l'idée que sa dernière lame faite sur mesure puisse bientôt découper une vingtaine d'Américains (ouais, c'est la guerre...) ; ces personnages féminins (la jeune fille du bus ou la petite dernière des Onagi) qui, tapies dans l'ombre des mâles, attendent un jour leur heure (en gros qu'on les marie) : en attendant leur sourire et leur légèreté apportent une évidente touche de charme dans un contexte un peu pesant...) ; ce militaire bourré d'idéaux ; cette grand-mère furtive qui prie dans son coin)... Il y a de la vie dans cette campagne jusqu’alors pas trop touchée par la fureur de la guerre, des caractères bien trempés mais tout cela manque un peu de corps, d'unité. La fin est en fait un peu à l'image du reste : la brusque prise de conscience du fils Onagi sent la grosse ficelle (du statut d'idiot du village malade, il passe à celui de sage que tout le monde écoute) et illustre un peu le manque de cohésion, de cohérence de l'ensemble. Un film "choral" qui part un peu en vrille et qui manque résolument d'une forte colonne vertébrale. Une œuvre de jeunesse pour se faire la main.

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