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Deux des plus mauvais acteurs de la chrétienté se rencontrent dans l'Ouest sauvage, et tout ce qu'on peut dire, c'est que le film est à la hauteur de leur talent. A ma droite, donc, Mae West, son regard ovin, ses costumes boudinants, et son rôle tout en nuance : elle fait la délurée de service, nous sert un ronronnement de félin et un roulement d'yeux à chaque réplique pour se donner l'air d'être fatale, et ruine toute sensualité dans le film par son incapacité totale à évoquer ce pour quoi elle est filmée visiblement : l'érotisme torride. A ma droite, notre W.C. Fields préféré, celui que Shang et moi on adore, dans son rôle habituel (augmenté cette fois-ci, simplement d'un chapeau) de hâbleur à grande gueule, peureux, menteur, et rigolo gros. Les deux se rencontrent à la faveur d'une attaque d'Indiens d'opérette, et l'une va escroquer l'autre (pas dupe) en l'épousant pour de faux. Ça lui permettra, à la bougresse, de pouvoir réintégrer la communauté qui l'a exclue, et de fricoter à son aise avec le "Bandit Masqué" qui est devenu son amant. Le couple mal assorti sème la zizanie dans cette petite ville, elle avec ses boobs et ses feulements, lui avec ses cartes truqués et ses mensonges crasses. L'ensemble se termine avec les jeux de mots et la complicité de rigueur, on est bien contents. Mais si on exclut quelques allusions sexuelles finaudes prononcées par la blonde Mae (elle éternue et hop, c'est sexuel), on n'a pas grande raison de se réjouir dans ce western poussif, entièrement concentré sur la prouesse de ses deux pénibles interprètes. Tous les autres ne sont que spectateurs du triste duo, et n'ont à jouer que des ombres, y compris le gênant personnage de l'Indien, filmé avec un racisme total. On comprend que le film ait pu amuser les spectateurs de l'époque, mais aujourd'hui, ces astuces de carabin (pour elle, considérée comme un objet sexuel et c'est tout) et ces vannes bon enfant (pour lui : on dirait Hardy sans Laurel et sans souffle) sont toutes moisies, et on est plus gêné qu'autre chose par la pauvreté de la mise en scène, le manque d'imagination, l'artificialité de tout ça, et l'esprit réactionnaire à la limite du rance de l'ensemble.

Go west, here