9782221238882,0-5510891On prend un peu la température du polar français, ça faisait un bail en un sens. Bon, si on se fie aux différents thèmes traités par Renand dans ce livre, on peut franchement dire que le viol, actuellement, au niveau des crimes comme au niveau des problèmes personnels, tient la corde ; jugeons du peu : un type qui surprend des femmes dans des ascenseurs et les oblige à le sucer - ça fait 1 ; un autre (le criminel principal du bouquin) qui s'immisce chez les gens par leur fenêtre (l'escalade...) pour les violer et les tatouer - homme ou femme, indifféremment - ça fait 2. A leur trousse, une fliquette qui, dans sa prime jeunesse, fut kidnappée et abusée - ça fait donc 3. Enfin, on a un commissaire, grand ami de la fliquette, qui, dans sa jeunesse, oui attention roulement de tambour, par son beau-père, fut forcé de - ça fait 4 (et je m'arrête là pour ne pas tout dévoiler non plus). Bref, à en croire ce bouquin et si on voulait lui donner un quelconque sens symbolique : la société se fait violer, abuser de toute part, et il faut sacrément garder la tête froide pour parvenir à lutter contre cette gangrène - on s'arrêtera là pour le fond, car on n'est pas non plus face à un ultime chef d'œuvre du noir au niveau de la psychologie.

On l'a compris, des gens eux-mêmes victimes qui se mettent au service d'autres victimes. Le fléau du viol s'étend et notre brigade spécialisée dans la chose à fort à faire, notamment pour venir à bout de cet "Alpha", ce mâle ++, ce serial violeur rusé comme un singe, fort comme un rhinocéros avant l'extinction, fourbe comme Pascal Praud. Je ne voudrais pas spoiler cette histoire et ses divers rebondissements mais le plus surprenant, sans doute, ici, c'est qu'aucun personnage, qu'il soit important ou non, n'est à l'abri d'y passer. Ce qui rajoute une pointe de suspense pas inintéressante. Au niveau de la construction, notre homme, Renand, est adepte des flash-back pour nous présenter lors de flash plus ou moins longs les antécédents, pour ne pas dire les traumas de chacun - plus d'un a droit à sa petite séquence « psy » avec ces retours en enfance lourds de sens. C'est parfois un peu longuet (j'étais dans un polar, là, ou dans un essai de vulgarisation sur Freud, rappelez-moi) mais cela permet au moins de donner une certaine épaisseur aux personnages. Des policiers au taquet, des instants de doute, de déroute, des coups d'éclat, des rebondissements en veux-tu, en veux-tu, rien de bien nouveau là-dedans (un style plus factuel que finaud) mais un petit suspense qui dure malgré tout jusqu'au bout avec ce tueur, roi de l'escalade dans la violence et la vengeance. Sympathique à défaut d'éprouver une totale empathie envers l'ouvrage.