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Encore un bel effet d'annonce (…) que cette série à l'heure où on pensait que Canal + était définitivement mort pour le cinéma. Alors... On ne va pas faire dans la demi-mesure et trancher le bazar en deux phrases liminaires : ouais la musique est cool (au moins dans les premiers épisodes, après on sent un peu la panne de budget), Romain Duris est ma foi pas si mauvais pour le rôle (la gueule ravagée par la barbe mais toujours ce sourire si doux - dont il abuse dès qu'il a oublié son dialogue)... Pour le reste, on a un peu l'impression d'une suite d'épisodes de la série "Bloqué" : à chaque épisode, son appart, son occupant, ses problèmes... Duris étant dès le départ à la rue, il lui faut renouer avec ses vieux potes pour avoir une couche... il y a ceux qui ont gardé l'esprit mais pas le physique, ceux qui ont gardé le physique mais pas l'esprit, ceux qui ont d'autres chats à fouetter, ceux qui le fouetteraient bien, ceux qui pourquoi pas mais à très petites doses... La seule question semble être : comment va-t-il se faire virer en fin d’épisode et avec ou sans bonus (après avoir baisé ou pas). C'est répétitif au possible, du moins pendant les six premiers épisodes qui sont un peu tous sur le même format. On comprend bien qu'à chaque fois Duris tente de se "raccrocher" pas seulement à ses potes mais surtout à son passé et qu'il est finalement bien le seul à ne pas avoir "évolué" (pour le pire ou le meilleur, hein) ; il est resté totalement fidèle à lui-même, à son groove - l'époque, elle, a changé, et les gens, anciens punks, ont bien souvent préféré rentrer dans le rang (pour se marier, se faire de la thune, vivre une vie de patachon, s'occuper des gamins ou de son chien...). On ne gardait pas le souvenir, dans le bouquin, d'un tel effet d'enlisement, de répétition systématique... Duris s'accroche aux lianes mais elles sont fragiles et descend de plus en plus bas, vole pour tenter de planer une dernière fois, avant de s'écraser sur le bitume... La seule rencontre (amicale et amoureuse) un peu consistante et originale est celle que Vernon fait avec un brésilien/ne ; une histoire "transsexuelle" d'un nouveau genre, résolument « moderne » mais qui va malheureusement tourner trop court pour qu'on puisse s'y intéresser... Dommage, d'autant qu'il n'y a pas grand-chose d'original à se mettre sous la dent. Mais venons-en au truc le plus difficile sûrement à digérer : la direction d'acteur ; dès le départ (Cathy Verney a-t-elle délibérément laissé ses acteurs (de seconde zone) en free-lance ?), on grince des dents et on pense à Gols qui jette souvent les séries à cause de l'interprétation pourave ; on aimait jusque-là plutôt bien Laurent Lucas, là son personnage de porc est joué franchement comme un cochon... Et il n’est pas le seul - le scénariste en fait des tonnes et saoule, la chtite rebeu est nulle, la bourge est hystérique, les clodos trop propres... On serre des fesses plus souvent qu'à son tour devant cette difficulté indéniable, on le sent, pour beaucoup, à se mettre dans les coutures un peu factices de leur personnage. Le fil rouge, pour sa part, (tout le monde veut mettre la main sur les cassettes posthumes d'Alex Bleach), n'est guère passionnant et ne permet pas de faire gober la pilule - un suspens affreusement superficiel à la fin pathétique (le cochon sera pendu, tout le monde pourra dormir tranquille). Duris, lui, on le sent, va jusqu'au bout du truc, se cassant la voix dignement, tel un Bruel, pour se fondre dans son rôle comme une brute - un bel effort, mais il semble franchement l'un des seuls à le fournir. Une saison deux en route ? Franchement, on pourra très bien s'en passer en (re)lisant le tome 3 de Despentes. Un pétard mouillé que sauvent, à la rigueur, la BO et les yeux rouges défoncés de Duris. A la rigueur.

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