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Alors reconnaissons-le, vous me verrez un peu moins ébaubi que d'habitude sur cette œuvre de Kinoshita. Pourtant, sur le fond, l'idée est plus que louable : condamner les problèmes de caste au Japon (les bouseux des petits villages étant considérés comme des parias : seules solutions pour eux pour réussir : ne pas dire d'où ils viennent, ou alors, c'est la honte galactique), favoriser la liberté d'expression, prôner plus d'égalité... Pour illustrer ces biens belles idées lumineuses, Kinoshita prend l'exemple d'un jeune prof, Sugawa (le droit dans ses bottes Ryô Ikebe avec sa mèche rebelle de circonstance) qui, après s'être rendu dans son village à la mort de son père, va être victime de la pire des rumeurs : ce type serait un villageois, ohoh, ahah... Panique dans son école à tous les étages, l'épée de Damoclès se fait de plus en plus pressante au-dessus de sa petite tête : notre homme va-t-il devoir tout avouer et tout perdre car, hum, hum, même son meilleur pote et sa petite amie ne sont pas au courant... Comment ses pairs, les parents d'élèves, ses proches vont réagir, attention suspense d'enfer !

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Ça discutaille longuement sur les principes d'égalité, sur le respect dû à tout être humain quelles que soient ses origines, tout cela est parfait sur le fond mais un peu plus hardos sur la forme. Notre héros, cerné de toute part par les imbéciles, se met dans des états pas possible, errant tel un personnage romantique dans la nature, restant mutique entre ses quatre murs en imaginant le pire, pleurant tout son saoul, et des larmes et des larmes, et des larmes… C'est bien gentil la détresse, mais vous reconnaîtrez volontiers que cela plombe un peu l'atmosphère général. On est plein d'empathie pour notre gazier tout en regardant de haut tous ces petits opportunistes qui le dédaignent, mais on espère surtout que la bulle ne va pas tarder d'éclater pour se passionner un peu plus pour ce combat. Comme on est en plus un peu frustré sur ses pâles amourettes (avec la mignonette Yôko Katsuragi) - une jolie scène au clair de lune, tout en pudeur et en timidité, mais on attend la suite... -, on trépigne d'impatience : enfin, notre homme prend son destin à deux mains  en allant rendre visite aux responsables de l'école réunis en assemblée (magnifique travelling aérien pour suivre Sugawa qui s'engage dans la rue du village : l'heure fatidique a sonné – véritable duel, seul contre tous). C'est un Sugawa tout contrit qui va se lancer dans son plaidoyer face à ses couillons de pairs (sourds comme des vieux) mais surtout face à ses élèves, l'avenir de la nation, forcément plus à l'écoute que ces barbons. Epaulé par son pote toujours prêt à se battre pour les idées de son époque, mais aussi par sa copine (qui renie son père pour se jeter au cou de son amant : elle se fait forcément maudire pour 89 générations), Sugawa sèmera sa petite graine de modernité avant de pouvoir repartir la tête haute – une récompense à son bras et sous les vivats de la jeunesse. Le film est plutôt sombre (sublime musique, quoiqu'un peu lancinante du frère de Kinoshita - dont Pink Floyd s'est inspiré pour wish you were here ? A vérifier quand même…), un peu larmoyant, mais plein de dignité. Un beau combat contre l'obscurantisme, certes, mais qui nous a un peu moins emballé que certaines œuvres du maître. Louable intention mais à la charge dramatique parfois un petit peu lourde.

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