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Il y a toujours quelque chose d'intrigant dans les films de Losey même quand ils sont comme ici à moitié réussis. Une femme (Glenda  Jackson, entre deux âges, coupe au carré, sexy mais sans plus) s'ennuie, se bovarise. Son mari, écrivain, bourgeois jusqu'au bout de la plume (Michael Caine et son petit air supérieur, condescendant, bovin, rassurant et terriblement chiant) pense que celle-ci a eu une liaison lors d'une petite escapade à Baden-Baden (ville au demeurant aussi festive que Vichy-Vichy). Le troisième homme, gigolo, passeur de drogues, branleur par définition (Helmut Berger dans son sempiternel rôle de beau gosse et de parasite), a croisé (...) Glenda à Baden et se retrouve invité chez ces bourgeois. Pour que Caine trouve l'inspiration pour sa prochaine œuvre (il fantasme sur une liaison entre Glenda et cet étranger) ? Pour qu'il confronte Glenda avec ses infidélités ? Pour qu'il montre à tous qu'il garde le contrôle ? Hum, hum… Où ce petit jeu, dangereux, se dit-on alors en se frottant les mains tout en attaquant un cassoulet en boîte, va-t-il bien nous mener ?

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Alors oui, ce n'est sans doute pas le film le plus passionnant ou le plus retors de Losey... Mais il y a (sans arriver au genou de Théorème de Pasolini, cela va sans dire) quelque chose de « troublant » dans cette situation que Caine, finalement, met en scène. Si l'arrivée de l'étranger fait sourire, un temps, Glenda (il y a un petit quelque chose d'excitant chez ce type mystérieux, quoiqu'elle ait fait avec lui dans la ville d'eau...), cette dernière se rend vite compte que dans ce petit jeu, c'est son mari qui tire les ficelles ; elle n'a finalement qu'à "subir" cet étranger qui vit en bon parasite aux crochets de ces bourgeois "conciliants et accueillants"... On se dit que Caine cherche à peser sur les nerfs de sa femme, qu'elle risque de craquer nerveusement... ou simplement amoureusement... Le joueur joué ? A voir là encore… Si la partie tendue de la chose est assez bien vue (au départ, le parasite pimente la relation devenue apparemment bien tiède entre ces bourgeois, mais le piment risque d'être à longue, comme tout piment, qu'il soit mexicain ou malgache, un peu écœurant : Berger ne risque-t-il pas, par sa présence pesante, de plomber totalement l’ambiance ?), la résolution est finalement un peu trop facile - à l'image finalement de ce titre un peu gnangnan, pas vraiment bandant comme dirait mon grand-oncle. Certes, on prend plaisir à voir évoluer ces trois personnages qui, guère portés sur la discussion, au débat, semblent se contenter de cacher très bien leur jeu, mais on ne vibre jamais autant que dans un visqueux et vicieux Pasolini. Glenda bovarise un peu trop, Caine use et abuse de son petit sourire de poisson-chat calculateur, Berger à force de surfer à la coule sur cette situation d’assisté apparaît vite pour ce qu'il est vraiment : un opportuniste creux sans affect ni attache. Petite mise en abyme avec ce récit dans le récit (les fantasmes de Caine lorsqu’il s’inspire de Glenda et de de Berger pour son roman), sympathique version flaubertique anglaise et moderne, intéressant portrait du "créateur" (Caine) un peu trop confiant en ses "créatures" (Glenda et Berger) mais l'ensemble (et la fin surtout) manque un peu trop de vicelardise et de surprises pour en faire un film totalement clouant dans l'œuvre de Joseph. 

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