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Il n'y a pas que la bonne Agnès Varda qui nous a quittés la semaine dernière ; il y aussi Larry Cohen. Le cinéma devrait s'en remettre plus facilement, cela dit. En tout cas si on en juge par ce film, considéré comme son chef d'oeuvre : il promet certes dans les premières minutes, est assez excitant sur le papier, mais s'écroule comme un vieux soufflet face à l'incompétence de son réalisateur, à l'esthétique douteuse des années 70 et à un aspect fumeux qui en annule toute l'intelligence. Le film commence sur une tuerie qui n'est pas sans rappeler les inspirations peckinpahesques : dans le New-York des 70's, des gusses tombent au hasard, tués par le fusil à lunettes d'un tueur, qui semble les dézinguer au petit bonheur. Le côté maladroit du montage, plein de faux raccord, ajoute même à l'horreur de la chose : tous sont frappés. Quand le type est choppé, sa dernière phrase est "God told me to", puis il se suicide. Voilà qui est étonnant, d'autant que plusieurs meurtres ont lieu un peu partout sur le territoire, avec le même mantra pour les conclure. Il n'en faut pas plus pour que le lieutenant Nicholas, fervent catholique rongé de culpabilité (on le croirait sorti d'un vieux Ferrara), ouvre l'oeil sur ces serial-killers mystiques. Postulat sympathique : Dieu est un tueur sans pitié, qui frappe au hasard, partant du principe qu'on peut convaincre quelques personnes en étant bon, mais qu'on en convainc beaucoup plus en étant cruel. Une manière d'illustrer concrètement, au sein d'un polar, les ambiguïtés de la religion, et de rendre spectaculaire la fatalité de la mort et de la vie : pas si mal, avouez.

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Ces belles promesses s'écroulent malheureusement assez vite. Cohen se perd dans un scénario à peu près incompréhensible et complètement fumeux, à base de Messie revenu, de quête d'identité, de refoulement. On se désintéresse bien vite de cette histoire, voyant bien que le gars n'arrivera pas à se dépatouiller du tas de noeuds qu'il met lui-même en place. Le personnage principal, même joué avec conviction par Tony Lo Bianco, aurait pu être formidable ; il s'efface peu à peu, résumé à sa fonction de flic bourrin, et tout son aspect "mystique refoulé" disparaît sous des montagnes de discours simplistes et new-age. Côté mise en scène, Cohen est également beaucoup trop lourdaud pour convaincre : très confus, envisageant la ville comme un réseau tellement labyrinthique qu'on ne sait très vite plus du tout où on est, incapable de filmer les (trop) rares scènes d'action. La belle idée de départ s'enterre sous les maladresses, les messages soulignés, et les bons gros délires judéo-chrétiens à pétard. Assommé bientôt par cette vision ésotérique de la chose, on perd de vue le polar, et on s'ennuie sévère. Dieu s'est peut-être vengé la semaine dernière...

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