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Mon comparse parlait récemment de la réussite chabrolesque quant à La Cérémonie. On est ici pas si loin de la même thématique avec ces deux sœurs Papin non footballeuses qui, à force de frustrations et de blessures sentimentales, vont finir par méchamment démembrer leur patron bourgeois. Une même colère qui monte, une même folie, un même ras-le-bol sauf qu'au lieu de casser des assiettes, on casse des têtes. On connaît l'issue (on lisait déjà Ici Détective à l'époque des faits), on est donc surtout intéressé par le processus qui mène à un tel carnage. Et c'est sans doute-là, justement, que le bât blesse. Sans vouloir charger les comédiennes qui se démènent comme de beaux petits diables pour rendre crédibles leur personnage (Testud restant un ton au-dessus Parmentier, qu'elle écrase, facile), leur personnage n'en demeure pas moins psychologiquement terriblement opaque. Alors oui, on n'est point sot, on comprend dès le départ que, ohlala, absence du père, que ohlala, la méchante mère... Bref, les trois sœurs ne sont pas aidées moralement ni socialement (la mère ne vit pas en plus dans l'opulence, clairement) ; l'une dès le départ se fait bonne sœur (elle semblait être la plus sauvage... au moins, pour elle, c'est réglé. On le reverra juste une fois, douce comme un agneau) ; les deux autres, "managées" en partie par leur mère (qui prend notamment la thune de la plus jeune) seront bonnes, ensemble quand c'est possible, chez nos amis bourgeois plus ou moins aimables. Bien.

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Premier petit problème, les petits instants de pétage de plombs de la Testud : elle semblait au départ la plus équilibrée et, ici ou là, on la voit partir un brin en sucette (elle se parle notamment toute seule, bon) sans qu'on fasse vraiment le lien avec un véritable trauma d'enfance (c'est sa grande-soeur qui a été violée par son père, pas elle). Bon – elle éprouve une certaine empathie, pourquoi pas. Ensuite, seconde surprise qui tourne à l'effarement : elle se met à coucher avec sa petite sœur (oups - ah oui, l'inceste ça fait toujours bizarrement déglutir). Alors oui, la chtite Testud n'avait pas d'homme, oui elle était protectrice envers sa sœur... Mais de là tout d'un coup à passer à l'acte... On a la sale impression, sur les deux coups, qu'il nous manque franchement des pièces du puzzle... Si parfois on peut reprocher à certains cinéastes de jouer la carte trop psychologisante, le moins qu'on puisse dire c'est qu'on tombe ici un peu dans l'excès inverse... Donc, ok, Testud pète un plomb de temps en temps parce que, baise sa sœur parce que, et trucidera salement sa boss parce que. C'est éminemment clair au niveau des faits (quand elle passe à l'acte, elle fait pas semblant en plus, la bougresse) mais cela tombe quand même un peu comme un cheveu dans un bouillon sanglant... Je parlais du Chabrol en intro dont je garde moi-même un assez bon souvenir ; le Claude, tout de même, ne bottait pas en touche quand il s'agissait de montrer les origines sociales des uns et des autres, leur motivation, etc. Denis, lui, semble vouloir se contenter de montrer des faits bruts, sans chercher à développer forcément telle ou telle thèse - la petite Testud a frappé, entraînant sa sœur dans un bain de sang, voilà tout, démerdez-vous avec ça. Du coup, outre que le film soit très répétitif (un patron, un passage chez la mère, un patron, une confrontation avec la mère...), il sonne aussi finalement un peu creux. Qu'est-ce que Denis nous révèle vraiment sur ce drame sanglant ? Quand on ne connaît pas son père, on part en sucette ? Quand on est fortement en conflit avec sa mère, on part en sucette ? Quand on obéit à des patrons obséquieux, on part en sucette (sanglante, la sucette) ? On se prend le fait divers comme il vient sans que Denis lève véritablement le voile sur l'affaire Papin… Pas vraiment droit au but, le truc.