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J'avais détruit en son temps Shortbus du gars Mitchell : je serai sans doute un peu plus complaisant envers cette oeuvre dragqueenesque interprétée et réalisée par notre ami John (de l'énergie, de l'originalité, un kitsch d'un autre temps) mais, comme le dit la formule consacrée, toute proportion gardée. Hedwig (adapté apparemment d'une comédie musicale broadwaydienne) est l'histoire peu banale d'un gamin né de l'autre côté du mur (à l'est) : il rencontre un Ricain qui veut l'épouser. C'est un homme ? Pas de souci, une petite opération de la bistouquette (il en perd cinq-sixième, ne reste que le petit bout grincheux de l'autre partie du titre, l’angry inch), un passeport piqué à sa mère, et notre jeune gars s'envole pour l'Amérique. Première désillusion, son grand black le quitte pour un jeune type. Il fait alors la rencontre de Michael Pitt avec sa gueule de poupon... Entente musicale et sentimentale parfaite - jusqu'à la rupture... L'autre pille ses compositions, a du succès, l'envoie paître. Deuxième désillusion cruelle. Il ne reste plus à Hedwig qu'à jouer avec son groupe de bras cassés devant des salles quasiment vides... Il n'y a que lui, semble-t-il qui prend vraiment son pied à interpréter ses chansons débridées. Son grand succès rocknrollesque (un être coupé en deux et séparé de sa moitié part à recherche – théorie amoureuse bien célèbre) semble au diapason de sa philosophie de la life... Va-t-il lui-même un jour (ce mi-homme mi-femme, rappelons-le) trouver sa moitié ou, tout du moins parvenir à combler ses frustrations et à être fier de ce qu'il est, lui, en tant qu'être humain, "entier".

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Alors bon, les chansons n'arrivent pas à la cheville des modèles (Bowie, Lou Reed, Iggy Pop) mais font preuve de suffisamment de nerfs et de créativité lyrique pour qu'on ne s'endorme pas complétement. On suit cette suite de clips d'un oeil à demi-amusé (un film entre le borgnole et le branquignole d’un mauvais goût totalement assumé), à demi-éveillé : même si John Cameron Mitchell se lance corps et âme dans son rôle, même si le gars, sous des plâtrées de maquillage parvient encore à avoir un regard humain, même si ce petit bordel organisé entre joyeux drilles a parfois un semblant de peps, on ne peut pas dire non plus que ce clinquant et ces paillettes ne sonnent pas parfois un peu creux (le feeling musical et sentimental, Hedwig semble l'avoir un peu remisé au placard, sans jeu de mot bêta). L'histoire, racontée en flash-backs, retrace les déboires de notre homme dans des décors RDA-esque (un appart aux allures de réduit) ou USA-esque (une caravane) de bon vieux loser... Cette lose attitude est assumée, tout comme cette marginalité qui tente bon an mal an de faire entendre sa voix (un jour peut-être… ou pas) ; c'est plutôt bon enfant. Mais les grimaces, les envolées lyriques (...), les coup de blues de notre héros sont parfois aussi peu naturels que sa perruque ; on peut sourire, par bienveillance, devant l'aspect foutraque de la chose ;évntuellement. Mais l'émotion en reste là... Il y a bien une tentative finale pour redonner du galon à notre héros qui semble enfin avoir « conquis », au forceps, son moi. Très bien. Mais cet Adam urbain qui tente une sortie nocturne ne nous fait pas plus tomber dans les pommes que le reste du récit... Bien gentillet, au final, ce type (et ce film) et guère provocateur.