vlcsnap-2019-03-23-15h28m12s306

vlcsnap-2019-03-23-15h28m28s473

Oeuvre géniale, foisonnante, splendide, aucun doute sur le fait que ce Guerre et Paix met sa branlée historique à, au hasard, un Autant en emporte le Vent aux allures de téléfilm pour maison de retraite. Bondarchuk prend son temps (7h07, c'est l'escalade actuellement sur Shangols quant aux films fleuve) pour nous conter cette petite histoire russe du début du XIXème siècle. De la guerre, il y a, les quatre parties faisant la part belle notamment à la victoire napoléonienne d'Austerlitz puis à la semi-déroute de Borodino (qui, comme le dirait tout bon commentateur historique, sonne le début de la fin pour le petit homme au grand chapeau). De la paix, aussi, il y a, à trouver notamment dans le regard bleu lagoon de la sémillante Natacha, la divine Lyudmila Saveleva. Celle-ci animera en particulier la deuxième partie avec ses amours pour la vie, ses amours trahies, ses amours pathétiques, ses vagues à l'âme...

vlcsnap-2019-03-23-15h29m03s390

Par où commencer pour essayer de traiter de la chose. Bondarchuk réussit, disons le tout de go, à faire avant tout une œuvre cinématographique. Vous allez me dire, putain, merci du renseignement. Attendez, je précise. D'une part le film n'est point trop bavard et laisse une place parcimonieuse à une discrète voix off. Bondarchuk, d’autre part et j’en viens à l’essentiel, excelle à nous montrer les scènes de combats (quinze milliards de figurants), les scènes de bal, les scènes de prières, d'église, les scènes d'exode, les scènes de duel, etc etc... Filmant parfois le tout du ciel comme s'il avait déjà inventé les drones (extraordinaires filmages aériens), on reste souvent bouche bée devant les moyens mis en œuvre pour rendre cette guerre terriblement réaliste : costumes, explosions, figurants, le film a dû couter trente-deux PIB du Bangladesh et le moins qu'on puisse dire, c'est que cela fait son petit effet tout du long. On sent Bondarchuk capable de mettre en scène la terre entière pour rendre compte de ces batailles napoléoniennes dantesques. Même au trente-huitième arrière-plan on voit des troupes qui se meuvent et on se dit devant cette débauche de moyens que tout cela date d'un tout autre temps (et pourtant cinquante petites années, c'est rien).

vlcsnap-2019-03-23-15h29m51s984

Mais le gars n'est pas non plus un branquignole dans "l'intime". Qu'il se plaise à jouer avec les split screen pour mettre en parallèle deux solitudes humaines, ou qu'il se noie dans le regard de Natacha qui va accumuler les déceptions, on est tout autant ému et saisi par le côté « grandiloquent guerrier » de cette oeuvre que par la petite romance inachevée. Entre deux guerres, Natacha se retrouve entre deux hommes qui tous deux veulent gagner son coeur. La pauvre, toute jeunette, a le cœur justement qui bondit dès qu'un homme la prend dans ses bras et va faire prématurément l'expérience de toutes les déceptions d'une vie. Cette jeune fille taillée pour l'amour va se faire véritablement mettre en pièce par un destin retors... Trop d'espoirs sentimentaux tuent les sentiments et elle en fera douloureusement les frais. Autre personnage tout autant attachant (et tout autant pathétique) en la personne de Pierre interprété par Sergei Bondarchuk lui-même. Genre de Mélenchon perdu en Russie, le type va traverser le temps miraculeusement ; petit rondouillard maladroit, notre homme va se retrouver dans le centre de tous les cyclones (une provocation en duel cauchemardesque pour une des séquences dans la neige la plus marquante de tout le film ; un tour au front avec son grand chapeau bourgeois où le ridicule pas plus que les tirs ennemis ne semblent pouvoir le tuer ; une 'résistance' à Moscou pendant la prise de l'armée napoléonienne qui se termine en condamnation à mort... notre homme est cette fois sûr d'y passer sauf si là encore, étrangement...). Le type est un destin de son pays à lui tout seul et ces mésaventures captivent à chaque fois l'attention. On pourrait encore claironner que la musique est grandiose, le montage d'un dynamisme dingue, les décors hallucinants... bref, on pourrait, on pourrait... Un truc à voir avant de mourir paisiblement - les moins pressés pourront attendre juin, puisque ce long long-métrage sortira dans la collection Criterion.

vlcsnap-2019-03-23-15h30m16s516

vlcsnap-2019-03-23-15h30m38s088