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Raffaello Matarazzo est connu pour son sens aigu du mélodrame. On peut dire ici que le bougre, dès l'ouverture, y va à la louche : il est d'abord question de la mort d'un gamin, Bruno, dans l'explosion d'une carrière : la mère (Yvonne Sanson) s'est faite nonne et le pater, Guido, patron de la mine, est d'une tristesse infinie (perte de l'enfant + amour éternel pour la nonne). Cela ne l'a pas empêché malgré tout de se remarier avec une donzelle un peu revêche avec laquelle il a eu une fille ; mais, en fait, cette femme, il ne l'aime point et notre gars demande le divorce ainsi que la garde de la fille... Vous voyez le drame se profiler au loin ? La mère s'échappe en bateau avec la chtite et les deux se noient... Un quart d'heure de film et deux enfants sur le carreau, diable, on se croirait dans une leçon de catéchisme. Imaginez la détresse du pater qui ne voit guère d'autre échappatoire que le suicide ou rejoindre Dupont-Aignan. Finalement, c'est dans le travail qu'il se reconstruit (faire carrière dans la carrière, mouais) et ce n'était pas gagné d'avance... Notre homme, plein de morgue malgré sa petite réussite sociale, va alors croiser dans un train une femme légère (danseuse de revue), copie conforme de la nonne (Yvonne Sanson deuxième acte) - Vertigo est sorti en 1958, je dis ça, je dis rien... C'est sans doute la partie la plus intéressante du film : lorsque Guido quitte une première fois cette véritable apparition sur patte en descendant du train, Yvonne II apparaît à la fenêtre, tel un spectre souriant qui s'éloigne au loin. Notre homme, qui voit bien qu'il n'a rien en commun avec cette femme au rire si bruyant, ne pourra toutefois s'empêcher par la suite de rechercher la compagnie de la jeune femme. Il est mordu, il est mordu – plus d’ailleurs par cette "image" que par l'esprit de la donzelle (qui joue volontiers les call-girls un rien naïves avec cet ingénieur friqué...). Bien aimé pour ma part cette idée dans le scénar : Guido quitte à chaque fois la donzelle totalement dépité (mais qu'est-ce que je fous avec cette grande bringue sans classe !) mais revient à ses croquettes friskies à la moindre occasion (le mâle est fidèlement bête). Ensuite, malheureusement, Matarazzo décide de nous remettre plusieurs couches de mélo : Yvonne II part en prison, est enceinte, se fait violenter par ses camarades de cellule, recroise Guido, puis la nonne (son double)... Tout est fait, à l'image de cette musique violonneuse too much, pour jouer sur un côté tire-larmes un peu trop easy (ah tiens, un kidnapping du bébé par les prisonnières ! Le troisième gosse de l’histoire va-t-il y passer ? Il ne les aimait pas vraiment, les gosses, Raffaello, non ?). Trop de tension dramatique qui gâche finalement un peu cette fin, Matarazzo n'étant pas Borzage au niveau des pincettes et des scènes d'hôpital...

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On savait que le gars aimait à tirer jusqu'à l'usure sur la corde sensible... On n’est guère surpris de ce côté-là. Ceci étant, ce n'est que notre second Matarazzo et on attendra pour juger le bonhomme. On retiendra ici, comme on l'a dit plus haut, ces scènes un peu discordantes entre Guido, avec son balai dans les fesses (l'acteur est aussi expressif qu'un mur) et cette Yvonne II extravagante à l'excès. Lui il l'aime profondément sans pouvoir se le pardonner, elle elle s'amuse avec cette triste trompette sans avoir apparemment aucun affect. Notre pauvre Guido se rendra même totalement ridicule devant l'objet de ses fantasmes en se saoulant (avec deux verres, le boulet) et en étant à deux doigts de clamser dans le lit de la donzelle. L'Yvonne II joue les garde-malades vénales en allant jeter un oeil dans le portefeuille du gars pendant qu'il est alité (sympa)... Une rencontre finalement aussi improbable et incongrue que sur Tinder (j'essaie de moderniser la chose pour les plus jeunes, effort pédagogique louable). Mais est-ce que l'amour ne pourrait pas à l'usure venir faire un tour dans ce couple aussi mal assorti qu'une brochette de dinde et de boeuf (!). Ce sera la cerise sur le gâteau de ce mélo qui tombera malheureusement un peu trop dans les ornières du genre (un Rafaello est beaucoup plus fondant qu'un Douglas, c'est prouvé) : la dernière "mise en scène" dans la prison - la nonne face à la prisonnière kinappeuse d'enfant, hum - poussant le "manichéisme mélodramatique" jusqu'à l'extrême : trop c'est trop.

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