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Pas que je sois un grand amoureux des films de Salvadori, mais, allez, je veux bien regarder une comédie à la française, surtout que j'ai lu partout qu'elle s'inspire des grands maîtres ricains, Lubitsch, Cukor et Hawks. Oui, alors non. On en est loin. Salvadori est beaucoup trop frileux pour s'aventurer dans l'absurde pur, et son film s'avère au final bien sage et bien dans les cordes, même si, c'est vrai, on lui reconnaît un talent certain pour les situations. Il y a du potentiel dans cette histoire : Yvonne (Haenel) découvre que son mari de flic tué en mission (Elbaz), qu'elle croyait héroïque, était en fait un ripou ; son monde mental s'effondre, et elle se met en tête de s'occuper d'un jeune mec (Marmaï) que le salopard a fait mettre en tôle alors qu'il était innocent. Mais quand le type sort de prison, il est devenu à moitié fou, en tout cas bien asocial, et n'a qu'une idée : "justifier" les années d'enfermement injustes par un véritable acte criminel, histoire de n'avoir pas payé pour rien. On le voit, ça ressemble à du Salvadori : à force de mensonges et de faux-semblants, de fantasmes et de petits arrangements pratiques avec la vérité, les personnages finissent par ne plus être eux-mêmes, s'inventer des identités et s'empêtrer dans des fictions qui les dépassent. Cette histoire ira assez loin, Antoine s'avérant proprement incontrôlable et de plus complètement vampé par cette femme qui croit en lui et veut se racheter. La meilleure illustration de cette "vie rêvée" qui s'effondre subitement réside dans ces scènes qui relatent les exploits du flic : au départ héroïque (superbe scène d'ouverture, pour le coup vraiment délirante), la même scène se répète au fil du film mais devient de plus en plus terne, jusqu'à ce que le flic passe pour une lopette pure. Du contre-champ qui vient démentir le champ...

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Les acteurs font un joli taff pour donner du corps à ce ton absurde qui court tout le long du film. Si le scénario, pris dans son ensemble, accuse quelques béances et quelques maladresses, avec ces personnages secondaires inutiles (Tautou) et ces réactions incompréhensibles, il faut reconnaître que Salvadori sait tricoter des situations drolatiques et ajouter à tout ça LE petit détail qui tue (un amant qui porte le masque de Zorro pour séduire sa belle, encore un faux-semblant ; le taulard qui parle tout seul ; le contexe d'un salon sado-maso pour organiser un braquage...). Ajoutons un très bon sens du timing dans les scènes d'action qui sont pas mal du tout, et une direction d'acteur décalée (Damien Bonnard en contre-emploi, qui donne au film un côté glamour et surprenant qu'on n'attendait pas : non, il n'y aura pas de romance entre Haenel et Marmaï, mais un petit couple qui va se construire vaille que vaille). Mais à côté de ces fortes qualités, on regrette que le film peine à vraiment plonger dans le délire qu'on aurait voulu. Salvadori s'arrête toujours avant d'exagérer, et quand il exagère, il le fait sans subtilité, avec des ficelles trop voyantes : le petit vieux qui vient toujours déclarer des meurtres affreux aux flics et qui se fait rembarrer devient un peu systématique à force, par exemple. Le film aurait pu être beaucoup plus drôle s'il avait assumé son humour qu'on sent battre en fond, s'il ne s'était pas contenté d'être bon enfant mais avait poussé le bouchon de l'insolence. Reste un agréable divertissement qu'on aurait tort de bouder. Pour plus, revoyez L'Impossible Monsieur bébé.  (Gols 13/03/19)

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"C'est quoi ce truc de massacrer calmement les gens comme ça ?"

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Je serai un ou deux tons en-dessous de celui de mon camarade : En Liberté ! n'est pas vraiment drôle, pas vraiment touchant, pas vraiment rythmé... Il y avait, pour rester gentil et piocher dans les dernières œuvres du gars, dans Hors de Prix, un vrai sens du timing dans les répliques et dans la capacité à chercher la petite formule qui fait mouche - c'était déjà ça, à défaut du reste... Là, il ne reste plus grand-chose de ce sens du tac-au-tac, plus rien de ces one-line rigolotes (si ce n'est celle-ci-dessus débitée par une Audrey Tautou au rôle certes inutiles mais avec un léger sens du décalage)... Si Haenel tente au départ de se démener pour camper une flic un peu spéciale, son personnage tombe progressivement dans la léthargie comme pour être au diapason de Marmaï décidément pas terrible dans la comédie (pas plus que dans le western d’ailleurs mais il a eu le bon goût jusqu’alors de ne pas en faire) : le type a une expression, faire des yeux de merlan frit (pour jouer l'étonnement, la colère, la tendresse...). Affreusement lassant et trop mou du genou. Quant à l'histoire d'amour entre Haenel et l'autre flic, on y croit jamais, mais alors ce qui s'appelle jamais - elle sort avec lui par frustration, évite comme la peste le gars lourdaud et finit un jour par lui dire sans qu'on sache si c'est du lard ou du cochon 'je t'adore, t'es tout pour moi !" - ah ? ben pourquoi elle fait la gueule chaque fois qu'elle le voit... Si le scénario se veut un peu alambiqué au départ et, disons, assez original, on n'en revient très très vite, Salvadori semblant incapable de l'exploiter... comiquement ou mélodramatiquement... C'est d'ailleurs aussi à ce niveau que le bât blesse : le cinéaste tente de jouer sur les deux tableaux, mais ses délires sont toujours affreusement téléphonés (le déguisement sado-maso - mon dieu que c'est pathétique), et ses moments-émotions toujours amené à grand coup de marteau. A aucun moment le film démarre vraiment et passé le générique de début qui avait un certain sens du rythme à défaut d'être vraiment lisible, on se traîne de séquence en séquence en se demandant franchement en combien de temps les dialogues ont été écrits (dommageable, cette incapacité à sortir des vannes, à n'être capable de jouer que sur le comique de répétitions et les expressions vulgaires). Grosse déception envers cette « comédie de l'année sur le papier » (au rayon des œuvres françaises pas trop coconnes dans le genre) et qui finalement se révèle bien poussive.   (Shang - 18/03/19)

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