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J'attendais beaucoup de ce premier film qui fit sensation dans tous les festivals de France et de Navarre. Peut-être trop, dirais-je, à sa sortie. Parce que Thunder Road est certes tout à fait agréable et fait passer tranquillou son heure et demi, avec un petit sourire bienveillant ; mais il a aussi en fin de compte tout du coup d'épée dans l'eau. Dans cette histoire de flic dépressif, abandonné par son épouse, dédaigné par sa fille, et soudain frappé par la mort de sa moman, tout a l'air trop, tout a l'air artificiel. A commencer par ce complexe plan-séquence qui l'ouvre : on fait des oh et des ah devant la virtuosité de ce plan qui démarre très large avant de venir cadrer de près l'acteur puis de le suivre dans les travées d'une église, on se dit "ouah p'tainlavache", oui, mais on se rend compte qu'il s'avère au bout du compte bien inutile, uniquement là pour épater la galerie d'entrée de jeu et lui faire croire qu'on est dans un grand film de cinéaste. A partir de ce plan très maniériste, qui sera d'ailleurs le seul du film, ce qui prouve sa vacuité, Cummings déroule son histoire, toujours sur le fil entre comédie et drame. Ça, c'est le plus réussi, ce mélange des genres qui peut vous faire passer en une seconde d'une scène assez touchante au burlesque. Le film suit dans son style le jeu de son acteur (Jim Cummings lui-même) : instable, borderline, toujours à la lisière de la psychopathie, on ne sait jamais si ses sorties hystériques vont se terminer par un truc loufoque ou par un meurtre en série. Le personnage est assez attachant dans sa folie. Malheureusement il est gâché par le cabotinage de l'acteur, qui ne trouve jamais la bonne façon de l'interpréter et le transforme très souvent en pantin. On tique devant sa petite voix qui part dans les aigus dès que l'émotion l'étreint, par les excès d'une écriture qui le fait terminer en caleçon devant ses collègues suite à une simple brouille, par l'incapacité qu'a l'acteur-réalisateur de savoir où s'arrêter. Du coup, on ne croit pas une seconde à la trame, et on regarde le gusse s'amuser sans nous. Dommage, parce que ça et là, il y a de vraies bonnes idées, dans les micro-détails surtout. On a envie d'aimer ce flic, et d'aimer ce film fauché et personnel ; mais Cummings n'est pas assez bon, et un poil trop prétentieux pour parvenir à nous convaincre.

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