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Les vacances sont aussi propices au polar rural et on est servi avec cette œuvre de Bouysse qui se passe dans une campagne reculée dans un temps tout autant reculé. C'était pas une bonne idée de la part de ce couillon de paysan de vendre sa fille aînée (même s'il a quatre filles cela ne se fait pas) au "Maître de Forge". Ce dernier est une masse, sa vieille mère une harpie et sa femme, mourante, semble cacher de lourds secrets... Rose, cette bonne fille, se rend rapidement compte qu'il y a quelque chose de pourri dans ce "château" qui pue la mort et le droit de cuissage. Elle a le nez creux, la bougresse, puisqu'elle va se retrouver dans une situation pas vraiment jouasse, entre corvée de travail et devoir "d'obéissance" à ses maîtres. Quant à son père qui se mord les doigts de sa boulette (ouais, vendre sa fille, c'est pas sérieux), il en sera lui aussi pour ses frais - pas de spoiler, mais disons qu'il va tomber sur un os... Bref, l'ambiance est glauquissime dans ce château-prison et l'on se demande bien comment la pauvre Rose va pouvoir s’en sortir un jour en gardant toute sa raison...

Je découvre le gars Bouysse et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il sait tisser des polars poisseux, des ambiances lourdes, qu'il lui suffit d'émailler ici ou là de deux trois coups d'éclat (quand ça charcle, ça charcle) pour tenir en haleine le lecteur. On apprécie assez ce récit qui se passe au milieu de nulle part, dans une époque qui pourrait être tout aussi moyenâgeuse que la semaine dernière à Villeneuve-sur-Allier... On sent dés le départ que cela sent le roussi (la forge, forcément) et que la pauvre Rose n'a pas fini de perdre des pétales (festival, normal, je suis frais). On serrera les dents plus souvent qu'à son tour dans cette histoire qui semble tailler pour le cinoche : il y a à la fois des motifs relativements classiques dans le genre (hitchcockiens dirions-nous pour rester dans le flou) et Bouysse est plutôt bon dans les « scènes fortes », ayant apparemment dès le départ construit une petite mécanique sachant produire son effet (sur la toute fin, certains twists sont un peu téléphonés, un peu too much, mais on fermera les yeux devant la chose tant Bouysse boucle son récit pieds et poings liés sans rien laisser en suspend (une mode actuelle un peu gavante, à force)). Si on n’est pas totalement ébahi devant la "force" du style (Rose parle (et écrit son journal) comme une gamine guère éduquée - on commence d'en avoir l'habitude en ces différentes dernières rentrées littéraires), on sent que l'auteur a fait un petit effort en croisant les pistes narratives, laissant aux quatre-cinq personnages principaux le droit de s'exprimer. Peut-être un peu longuet, un peu trop "dilué" mais des temps forts et des personnages qui laissent leur petite trace dans l'esprit. Je parie sur une sortie cinéma dans deux ans, allez tiens...