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Ah oui, là on est dans le pointu de chez pointu. Voici un film qu'on ne verra certainement nulle part, tant il est aberrant, ou raté selon les points de vue. J'avoue que je pencherais plus vers la deuxième option, mais je me félicite quand même d'avoir vu la chose (dans un festival), j'en suis ressorti bouche bée. Paul Dopff, bricoleur émérite de pellicule, truqueur à l'ancienne, et sympathique anar, est un de ces dinosaures qui considèrent le cinéma comme un artisanat qui se perd, indéfectiblement attachés à la pelloche et au 35mm, un de ces artisans oubliés capables de vous trousser un film avec 2 francs 20, de l'huile de coude, ses potes et un solide sens de la débrouille. La preuve avec ce seul long-métrage à son actif, assemblage de petits trucs plus ou moins heureux, de jeux de mots à deux balles, de gags faits main, qui n'ont qu'un seul but : rendre hommage au cinéma dans son sens le plus pur, et aux bonnes vieilles techniques de papa. Le scénario lui-même tourne autour de ce cinéma oublié qu'il s'agit de ressusciter : l'employé d'une agence de cinéma découvre des mystérieuses bobines, bouts de films qui semblent privés d'images. Il va mener une enquête croquignolesque, accompagné de sa fidèle et mutine secrétaire, pour tenter de comprendre le pourquoi de l'existence de ces films. Il trouvera sur son chemin pas mal de bâtons dans ses roues, puisque tout le monde, de son patron au producteur du film, d'un magnat de la production jusqu'au réalisateur lui-même du film qu'on est en train de voir, tenteront de l'éloigner de la piste principale : un trafic de bobines de films recyclées en drogue.

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Ce film ne respecte strictement aucune des règles du cinéma. Mais c'est ce qui fait son charme, pour peu qu'on aime le côté potache de la chose. Les acteurs se donnent, n'ont souvent qu'une seule prise mal foutue pour faire preuve de leur talent, mais parviennent malgré tout, mine de rien, à fabriquer un truc qui se tient plus ou moins. Les effets spéciaux à la Méliès (pouf, un écran de fumée pour faire disparaître les acteurs, ou des parties accélérées parce que c'est super rigolo) et la tendresse que Dopff met dans la manipulation de la pellicule font le reste. C'est souvent plus qu'improbable, le scénario part dans tous les sens, les idées et les plans s'étirent au-delà du raisonnable, et tout l'aspect technique (décor, lumière, montage) est sacrifié au profit de l'histoire, que le gars met son point d'honneur à respecter jusqu'au bout malgré son côté idiot. Ambition suprême, le type se permet même de pratiquer la mise en abîme, et il n'est pas rare de voir un des acteurs lutter en direct contre une direction prise par le scénario, ou Dopff lui-même intervenir pour infléchir le cours de son film, idées assez bonnes finalement dans le contexte, même si elles sont amenées assez lourdement et dans une esthétique ringarde en diable. Le Roman d'un Truqueur est un dernier tour de piste d'un vieux de la vieille résolument amoureux du cinéma de papa, avec ses gueules, ses gags de café-théâtre et sa gauloiserie, et un retour mélancolique, par la même occasion, sur la carrière de ce frondeur indépendant, puiqu'il y mêle des extraits de ses courts-métrages passés. Un film modeste, mais qui fait tout de même bien de l'être : c'est pas terrible au bout du compte.