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Le dernier film de Clint était tellement catastrophique qu'on ne peut que trouver que le nouveau est un petit bijou de finesse. Bon, après, c'est vrai qu'en le comparant aux grands films dans la veine desquels il s'inscrit, on constate que c'est moins bien. Ou plus assagi, disons. La Mule est une petite balade sans conséquence, un film de vieillesse qui n'en a plus grand chose à foutre d'être brillant ou novateur ; mais c'est un vrai plaisir de faire cette balade en compagnie du bon vieux Clint et de ses motifs éternels. On traverse les paysages de l'Amérique profonde en écoutant des bons vieux airs de jazz et des chansons ringardes, on rigole aux pitreries d'un acteur devenu définitivement mythique, on suit une historiette sans envergure mais amusante, et on ne demande pas grand-chose de plus au bon vieux cow-boy. Eastwood, c'est juste du plaisir à l'ancienne.

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Le bougre interprète un vieillard un peu has-been, sorte de prolongation de son personnage de Gran Torino. Il est raciste, oui, mais "gentiment", sans voir le mal, et s'il traite les Noirs de nègres ou hausse les sourcils quand il croise des lesbiennes, c'est sans intention de nuire, juste parce qu'il est d'une autre génération. Ennemi d'internet et des portables, il passe sa retraite à s'occuper de ses lys, et à passer à côté de ses obligations familiales : sa femme et sa fille lui vouent une rancune tenace pour ses démissions à répétition. L'argent venant à manquer, il se retrouve à jouer la mule, c'est-à-dire faire passer des kilos de drogue dans son van à travers les états, son statut de père tranquille lui assurant l'absence de soupçon de la police et la confiance des malfrats. Le film est essentiellement constitué de ses trajets en bagnole, agrémentés de mille petits chemins de traverse, et de ses confrontations drolatico-tendues avec les voyous, qui deviennent de plus en plus nerveux face à ce comportement inédit et inconscient. Bientôt, le passé va rattraper notre Clint, sous la forme d'une Dianne Wiest (méconnaissable mais impériale) mourante et d'une petite-fille en quête d'identité familiale. Le mélo vient peu à peu polluer la comédie, le thriller se mèle au road-movie, et Eastwood pratique les genres sans se poser de questions, en liberté totale, aussi à l'aise pour balancer une petite vanne que pour faire pleurer dans les chaumières, aussi cool quand il filme l'Amérique que quand il trousse une petite scène tendue.

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Alors, certes, le film manque de nerfs, complètement dénué de scènes importantes, jamais tout à fait tenu au niveau du suspense. On n'a pas peur pour le personnage, et les seconds rôles ne sont jamais très dangereux. Le meilleur exemple en est Laurrence Fishburne, qui n'a strictement rien à jouer ("Ok, go", semble être sa seule ligne de réplique à apprendre). Seul Bradley Cooper semble prendre la chose au sérieux et s'appliquer un peu. Tout le film est en dilettante, mais curieusement on ne prend pas ça comme un défaut : le mot "cool" définit sûrement le mieux le film, même s'il est très mineur, sans épaisseur. On apprécie pourtant les petites pointes de style d'Eastwood, notamment dans l'écriture de ces très belles scènes crépusculaires avec Dianne Wiest, touchantes ; ou dans cette façon de s'inscrire dans un territoire qu'il aime, les routes américaines qu'il a toujours su filmer (dans Honkytonk Man ou dans Un Monde parfait, qui sont à ranger dans cette série de films). Mais le gars n'est pas du genre à faire mumuse avec sa caméra : il la place au bon endroit et il filme, point. Il se permet pourtant de se sentir encore vert, notamment dans ces scènes où il se tape des bimbos dans des villas de luxe, jouant avec son personnage de sex-symbol (la première scène, où il fait le joli coeur, délicieuse). C'est vrai, il n'arrive pas à charger les scènes de suspense, et on se cogne un peu de cette histoire de passeur de drogue, des rapports avec le flic ou des confrontations avec la pègre : la scène la plus tendue, celle où il est menacé par des brutes pas très amènes, fait doucement pschit ; et le chef de la pègre (Andy Garcia, obèse, on ne reconnaît plus que ses yeux) n'est pas très dangereux. Mais on s'en fout : La Mule est un beau film classique, amusant et sans danger, élégant et émouvant, qui ressemble à un adieu de Clint. Et bon sang, c'est vrai qu'il va manquer.

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