unfriended

Variante autour de l'agréable et intrigant concept du film de Gabriadze de 2015, Unfriended : Dark Web tape malheureusement plutôt un cran en-dessous. C'est peut-être dû à l'érosion du système, certes, mais c'est aussi dû au glissement de la trame du film d'horreur au thriller : ces actes torves et clandestins effectués par une mystérieuse milice secrète sur le web sont bien moins effrayants que l'inexplicable du premier opus, surtout inséré ainsi dans un système très scientifique et objectif : l'écran d'ordinateur, internet, et toutes ses possibilités. Fidèle à la forme, Susco obéit pourtant scrupuleusement au cahier des charges. Nous voici donc dans le confort domestique d'un étudiant, qu'on voit à travers son écran d'ordinateur : fiancée sourde-muette mais prometteuse, bande de potes, impeccable maniement des outils informatiques, le gars est d'aujourd'hui. Il a découvert et volé un ordi abandonné, et en fouillant ses possibilités, tombe sur un trouble réseau de snuff-movies, planqué dans le dark-web. Sa curiosité le fera plonger dans un jeu de chat et de souris très dangereux, et très sanglant au final, à base de manipulations, de fake news, et de faux semblants. Le tout filmé uniquement à travers l'écran d'ordinateur, où maintes fenêtres s'ouvrent pour laisser entrer le loup et plonger notre héros de plus en plus dans un complot fatal.

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Le film, c'est clair, s'adresse avec pas mal de rouerie à un public au fait de tous les réseaux sociaux et des possibilités de l'ordi. Facebook, Skype et autres Instagram sont les véritables héros du film, et il faut être un habitué, voire un vrai geek, pour comprendre toutes les manipulations qu'on voit à l'écran. De plus, le film travaille sur une complexe théorie du complot que les jeunes d'aujourd'hui considèrent comme banale : on nous manipule sur le web, idée qui semble acceptée par le public visé, le jeune connecté urbain. C'est roublard, donc, ça va draguer le client jusque dans l'intimité de sa chambre. Mais le fait est que le principe fonctionne : en morcelant son grand écran, Susco ré-invente quelque chose qui a à voir avec la direction du regard. Ce n'est pas assez poussé, mais la multiplicité des fenêtres et des "couches" d'images permet au spectateur de choisir celle qu'il va regarder, quitte à rater un pan important de l'action. Le meurtre peut effectivement avoir lieu dans une toute petite partie annexe de l'écran, alors que la fenêtre principale montre un visage indifférent et neutre. Ce principe exige une attention constante, d'autant que ça va vite, très vite, et que la mort peut arriver de n'importe où. Susco joue également avec les incidents de bande passante, occultant une partie de l'action à son point culminant par exemple, ou "floutant" des éléments importants (le méchant est ainsi représenté par un fantôme pixellisé aux contours flous). Le film utilise avec malice les possibilités et les limites de son procédé, c'est fûté.

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Mais sur cette forme intrigante (déjà vue, mais intrigante) le film plaque une intrigue complètement rocambolesque et des personnages fades qui en annulent les effets. Il y a longtemps qu'on ne cherche plus la vraisemblance dans les films d'horreur, mais tout de même : ici, les vilains ont l'air d'être de purs génies de l'informatique, manipulant tout ce beau monde à distance et avec la rapidité de l'éclair, et on regarde la distribution, essentiellement composée de crétins (les garçons) ou de niaises (les filles), se faire assassiner dans un bel ensemble sans frémir, ni de peur ni d'empathie. Le scénario est assez sadique, voulant prouver que quoi que vous fassiez, vous serez moins fort que les illuminati qui vous manipulent. C'est oublier qu'il faut qu'on puisse se reconnaître dans les victimes et qu'à moins de passer des heures les yeux rougis devant les réseaux sociaux à échafauder de complexes thèses complotistes, ce n'est pas notre cas. Le premier Unfriended était réussi mais raté ; celui-là est raté mais raté.