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Encore une fois complètement sous le charme de Ryūsuke Hamaguchi, qui parvient à parler de choses fortes, qui auraient nécessité 10000 constructions d'acteurs et des crâneries de scénario infinies chez les Américains, avec une économie de moyens parfaite. C'est dans la discrétion, par une extrême pudeur, que le bon Japonais choisit d'aborder les choses. Et quelles choses pourtant : la passion amoureuse, la fidélité à sa jeunesse, le temps qui passe, l'impossibilité d'effacer un premier amour, ce n'est pas rien. Asako a à voir avec les inspirations de Vertigo ou de Laura, mais s'en sort avec des moyens tout à fait opposés. Chez lui, tout est douceur, tout est humour et fraîcheur. Ce qui n'exclut pas une prodigieuse invention formelle, une rigueur d'écriture parfaite et une fièvre qui couve, là-bas dessous. La psychologie est transformée en actes, les grands concepts en saynètes absolument craquantes, et on se retrouve tout chafouin à la sortie, touché alors que le film ne raconte qu'une petite histoire a priori quotidienne.

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Hamaguchi semble avoir lu Proust et avoir su en retirer la quintessence. Asako tombe amoureuse de Baku, archétype du jeune homme beau, rebelle, romantique. Leur histoire se déroule (presque) sans nuage, jusqu'à ce que le gars s'évanouisse ni plus ni moins dans la nature (thème qui commence à faire ses preuves dans les films du cinéaste, et dans le cinéma japonais en général). Asako, d'abord désemparée, se fait une raison, et commence alors la phase II de sa vie : elle tombe cette fois amoureuse de Ryôhei, le sosie de Baku, mais un être beaucoup plus sage et classique. Cette fois, c'est le bon, leur amour est sans ombre... jusqu'à ce que Baku repointe son nez dans l'existence désormais limpide de la jeune fille. On n'échappe pas à sa jeunesse, voilà ce que dit ce film qui joue avec trouble des identités : si Asako aime Ryôhei, n'est-ce pas parce qu'il ressemble à Baku ? n'est-ce pas par dépit ? Peut-on encore aimer, des années après, l'homme qui a marqué notre jeunesse, ce fameux premier amour ? Le film raconte ça, et le fait à travers des scènes très quotidiennes, assez proches dans le style d'un Rohmer par exemple : il suffit d'un éclat de rire au moment le plus tragique (un accident de moto...), d'un geste à peine esquissé, pour qu'on comprenne tout du lien unique qui unit deux amoureux, cette sorte de magie incompréhensible pour les autres qui fabrique un amour. A ce petit jeu, Hamaguchi excelle : il parvient à nous surprendre sans cesse (le film est riche en rebondissements), à jouer sur le porte-à-faux des comportements, le tout avec un dépouillement constant, une subtilité qui lui fait honneur. Sa mise en scène, lumineuse, douce, est constamment au service du scénario, très bien ficelé malgré une fin un peu redondante : comme chez Hitchcock, comme chez ses collègues japonais, il est question ici de faire revivre un fantôme, de rester fidèle à son passé, même si on casse quelques assiettes au passage. En surface, c'est une bluette ; en profondeur, les thèmes sont richissimes.

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Porté par des acteurs parfaits, notamment l'actrice principale (Erika Karata), mélange de beauté "manga-esque" et de mystère, soutenu par une musique étrange, pop et expérimentale en même temps, Asako accepte son romantisme sucré avec un premier degré réjouissant. Mais il joue aussi sur des registres beaucoup plus métaphysiques, exposés avec une pudeur totale. Le sentiment de "ligne claire" de la trame est magnifié par une mise en scène à la limite du fantastique, qui n'y tombe jamais vraiment, avec ses plans moyens très distancés qui se mêlent à des gros plans surprenants. Un portrait de jeune fille d'aujourd'hui, libre et têtu, et aussi celui d'une jeune fille éternelle, qui pourrait tout aussi bien jaillir d'une nouvelle de Poe ou d'un poème de Baudelaire. Parfait.  (Gols 14/01/19)


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En effet, cher comparse, avec une économie de moyen certaine, Hamaguchi tresse une petite trame qui emprunte tout à Vertigo sans jamais tomber dans le tragique : partir à la recherche d'un amour perdu, c'est finalement à la fois complétement démentiel et simple comme bonjour. C'est ici le destin de cette chtite Asako qui tout du long semble comme s'excuser de ses coups de cœur ; un homme qu'elle suit et qui l'embrasse, le miracle d'une rencontre en deux secondes et trois pétards (scène à la fois un peu kitschouille avec ce ralenti vu et revu mais également diablement gracieuse) ; un homme qu'elle aime et qui la quitte sans plus donner signe de vie, le miracle de cette chiennerie d'existence ; un homme-sosie qu'elle retrouve et qu'elle ose à peine aimer, une sorte de pêché inavouable ? Car la chtite sous ses petits airs peu farouches n'est point dupe ; elle sait pertinent qu'elle a plus été attirée par une image, par une "représentation" que par l’âme même d'un individu... Une liaison, une relation qu'elle vit sur la pointe des pieds sans être vraiment fière d'elle-même... Et puis vient le temps (cinq ans, elle est un peu longue à la détente mais tout vient à point à qui) où elle tombe franchement amoureuse de son compagnon, un coup de foudre à retardement pour le moins dramatique celui-là puisque c'est à ce moment-là précis que son passé ressurgit sous forme de son ex... Elle ne peut décemment se mettre à suivre cet homme, sa maturité n'a pu que détricoter cette idylle en son temps idéalisé... C’est sûr.

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Ben non, la bougresse, elle tombe les deux pieds joints dans ce piège, dans cet appel d'air de sa jeunesse, dans cet appel d'air de cet amour de jeunesse... On reste devant la chose tout aussi pantois qu'elle ! Comment est-ce possible, comment est-ce possible d'aller contre toute logique des choses (quitter un amour réel pour un ersatz), comme si un retour en arrière, un rewind, un rewin était possible sur cette terre... De cette impasse dans laquelle elle s'est-elle même immiscée (joli choix des décors lorsqu'elle revient soudain sur terre avec ce murs en béton qui lui cachent la mer), elle va finalement rapidement revenir sur sa décision... Mais le mal est fait, la blessure faite à son amant est ouverte... Peut-on encore espérer un énième miracle pour espérer réparer un amour trahi ? C'est à la fois une thématique toute bêtasse et incontournable, essentielle qu'Hamaguchi filme avec un tact immense, laissant les yeux d'Asaki plus que les mots traduire tout le trouble de cette putain de vie dont l'imprévisibilité fait tout le sel. Une œuvre parfaitement tenue, harmonieuse malgré les multiples retournements sentimentaux et l’on signerait volontiers pour un Asako III et IV en renvoyant dans le gouffre de l'oubli tous les chapitres potentiels d'une Adèle. (Shang 09/04/19)

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