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Il nous manquait me semble-t-il une œuvre réalisée par un gars issu de la minorté kabarde (mais si, vous savez bien, là-bas chez les Russes, dans le Caucase...). Pour dire les choses tout à fait franchement, Balagov réussit à la fois un magnifique portrait intime (par le biais du personnage principal joliment nommé Ilana : ses rapports avec sa famille juive (son père, effacé, son frère, un peu mou et sa terrifiante mère), ainsi qu'avec son petit ami kabarde) et un portrait en creux des oubliés de la Russie (des Kabards aux Juifs, donc). On suit donc en premier lieu les rapports plus que conflictuels entre Ilana et sa famille : si l'entente avec son père et son frère demeurent bon enfant, ses relations avec sa mère rêche comme une semelle d'espadrille mettent carrément des frissons dans le dos. Faut dire que la situation initiale (parlons-en, tout de même, de l'histoire) n'est pas vraiment jouasse : le frère, en famille, annonce son mariage avec la jeune Léa et se fait kidnapper dans la foulée... Toute la communauté juive est en ébullition pour venir en aide (ou pas) aux jeunes gens (ouais, on oublie la police d'entrée de jeu... ce qui en dit long, quand même, sur le sentiment d’être protégé). Les parents d'Ilana sont à l'agonie devant la perte du frère, faisant ressortir en passant son petit statut de préféré... Les amourettes d'Ilana avec son (costaud) copain kabarde ne sont qui plus est pas vues d'un très bon œil (la chtite fume, boit et se défonce lors de soirées entre potés : c'est mal) et ses parents ne vont rien trouver de mieux que de la mettre devant un choix cornélien : des amis sont prêts a donné une partie de la rançon de son frère, si elle se marie avec leur fils... Notre pimpante Ilana reçoit un coup de massue sur la tête, une massue made in Moyen-Age...

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Il n'est rien de dire que le gars Balagov aime à "serrer" son cadre : dans les scènes d'intérieur (les apparts ont la taille d'un appartement-toilette parisien, certes)  tout comme celles en extérieur d'ailleurs, l'espace laissé entre les individus filmés et le cadre est on ne peut plus exigu ; d'où cette impression de « ressentir » ces personnages à fleur de peau, mais également ce sentiment indéniable d'oppression, de situation anxiogène. Ilana a beau se débattre, s'agiter, ne pas mâcher ses mots, la pauvrette est tellement à l'étroit (à l'image de cette scène d'amour dans un "couloir" avec cette lumière rougeoyante des plus inquiétantes) qu'on se demande si une échappatoire est réellement possible. Il devient du même coup évident de faire le parallèle avec ces minorités qui semblent comme pris au piège des Russes : le morceau de cette "vidéo volée" sur des Tchétchènes martyrisant et massacrant du Russe ("pour se défendre") renforce cette impression d'être face à des minorités totalement aculées - pas de choix que de subir... ou d'en arriver aux extrêmes. La figure de la mère ultra castratrice ne rajoute pas vraiment de fun dans cette œuvre relativement sombre malgré quelques éclairs amoureux... On s'accroche d’ailleurs jusqu'au bout à l'énergie d'Ilana qui trouvera finalement un peu de réconfort là où on s'y attendait le moins (un final proche d'ailleurs de The Rider, seul point commun entre ces deux cinémas...). Balagov signe là un premier film remarquablement maîtrisé, liant intelligemment et sans esbroufe petit et grande h/Histoire, bref un vent nouveau venu de l'est souffle (sous l'égide incontournable de Sokurov), un vent des plus vivifiants.

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