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On y va prêt à en découdre, à défendre le chef-d'oeuvre originel coûte que coûte, à railler les trahisons et les mises au goût du jour, à méditer sur un certain âge d'or du cinéma d'horreur... et on se retrouve avec un objet tout à fait honorable, qui rend hommage avec admiration à Carpenter et sait ne jamais déshonorer son indépassable modèle. Mais oui, messieurs-dames, cette version 2018 d'Halloween est très regardable, constituant même la seule suite valable de la série qui a compté nombre de raves dans ses rangs. Green a bien regardé le film de 1978, et l'a bien compris : il rend à Michael Myers son statut de silhouette abstraite, de symbole de la Mort aveugle et irrépressible, er rien que pour ça, rien que pour avoir évité l'écueil de la psychologie sur un personnage qui n'est qu'une forme, on applaudit.  Après 20 minutes trop explicatives, qui tentent de raccrocher avec l'histoire précédente avec de grosses pincettes scénaristiques, Michael est enfin en liberté et peut donner libre cours à sa passion : décimer des jeunes gens. La partie centrale est la meilleure, qui voit simplement le tueur errer dans un petit quartier pavillonnaire évoquant immédiatement ce cinéma des années 70, et assassinant sans raison la distribution du film. Omnipotent, omniprésent, Michael s'insinue dans tous les recoins de la pellicule, contre toute logique, simple symbole du fatum. Ses victimes sont absolument incapables de lui échapper, simplement parce qu'il n'est pas un homme, mais le symbole de leur fin. C'était un des grands bonheurs en 1978, et Green restitue cette abstraction avec amour et un grand sens de la mesure. On sent bien pourtant que ce n'est pas gagné, et qu'il lui faut se faire violence pour ne pas céder aux sirènes du film d'horreur moderne : plus d'une scène est ratée, trop "spectaculaire", alors que le Carpenter refusait la virtuosité et la démonstration. Mais souvent, il y parvient, notamment en restituant à ce fameux masque que porte Michael son aspect lisse, sans expression, jouant même avec le fait que derrière lui se trouve le néant, l'angoisse métaphysique beaucoup plus qu'un tueur en chair et en os.

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Voilà donc un film très simple, privé presque de scénario si ce n'est celui, anecdotique, d'une vengeance de Laurie Strode 40 ans après. La fin est naze, trop pyrotechnique, mais il y a quand même un plan assez fin, qui renvoie en retour à Michael l'image d'une Laurie qui, à force de rancoeur, est devenue elle-même une abstraction : il la fait tomber du toit, contemple sa silhouette évanouie, et quand ses yeux se reposent sur elle quelques secondes plus tard, elle a disparu ; allusion à un plan célèbre du premier film, souligné d'ailleurs par la même petite virgule sonore. Complètement hors mode, le film prend le temps de faire monter la tension (la fameuse lenteur du tueur, qui a occupé nombre de mes cauchemars d'ado), évite le gore (ce que faisait aussi Carpy, qui ne plaçait que très peu de meurtres dans son film), et renoue avec nostalgie avec un certain état de la terreur à une époque donnée, interrogeant sa puissance aujourd'hui. Pour tout ça, on dit bravo, et on oublie les mille défauts de la chose, acteurs pitoyables, montage à la truelle, incohérences de scénario, clins d'oeil appuyés et autres petits effets à la mords-moi-le noeud.

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