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Voilà un délicieux film de Noël (un poil en retard), un truc à la Capra plein de suspense et d'optimisme, pouvant éventuellement conjurer le mauvais sort qui frappait le monde à cette époque. Scénario qui joue des prophéties et du "ça ira mieux demain", d'ailleurs, puisque le truc raconte les mésaventures d'un journaliste qui, chaque matin, se voit livrer le journal du lendemain par un petit vieux taquin. Autrement dit, il a sous les yeux tous les événements devant se dérouler dans la journée. Si, dans un premier temps, il profite pleinement de l'aubaine, faisant un peu le mariole notamment auprès de la blonde de service (Linda Darnell), ou jouant les numéros gagnants du tiercé, très vite les emmerdes s'accumulent (comment a-t-il pu prévoir le cambriolage au théâtre ?, se disent les flics); jusqu'à l'édition fatale : celle qui annonce sa mort. Notre héros parviendra-t-il à déjouer le fatum, à fabriquer un bon gros paradoxe temporel, et à prouver que l'avenir n'est jamais prévisible ? René Clair choisit la voie de la comédie légère, mais teintée d'une bonne dose de fantastique inquiétant, pour narrer cette histoire qu'on croirait issue des Twilight Zone. Dick Powell, survolté et enjoué, est en charge de la partie farce de cette histoire : tout en restant très marrant, il demeure tourmenté par ce sort qui s'abat sur lui, dans un jeu un peu anglais qui tend à prouver que face au malheur, la plus belle posture est de rire et d'attendre la fin. Le film est très joliment rythmé, et on suit ces aventures amusantes sans aucune baisse de tempo. René Clair s'efface devant la puissance de la mécanique de son histoire, et même si elle accuse ça et là quelques traces de rouille (on sait très bien que le gars ne mourra pas, reste à savoir pourquoi), il raconte simple et droit. Ce qui ne l'empêche pas de trousser de temps en temps de mignonnes ambiances, notamment quand apparaît ce petit vieux prophétique, dans les ruelles sombres et désertes : une manière de faire monter un fantastique gentillet, pas effrayant, assez originale. Les seconds rôles sont marrants, comme ce magicien de bazar qui se découvre tout à coup des talents de medium, ou ce directeur de journal peu scrupuleux qui découvre un héros dans sa rédaction. Bref, c'est enlevé, délicieusement poilant, ça ne mange pas de pain, un bien joli petit film.

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