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C'est parti pour un petit tour dans les arcanes de l'exercice démocratique à l'américaine. En l'occurrence dans les salles de réunion du Parlement de l'Idaho, où le fonctionnement est assez particulier : les habitants sont tirés au sort pour représenter la communauté et voter les lois après moult débats et force réflexions. Le but de Wiseman ici : montrer le débat d'idées, tenter de comprendre ce qui, par-delà les opinions et les a-priori des uns et des autres, transcende l'Homme et donne les règles à suivre pour tous ; en gros, questionner la démocratie et vérifier en quoi elle peut ou non fonctionner. Pendant les 3h40 de ce documentaire en apnée, on suit donc les plus ou moins laborieux débats entre des gens que rien ne lie, sauf la volonté de fabriquer une législation juste : gestion de la vache folle ou de l'eau, éducation, rapports entre les communautés religieuses, transports, loi sur le tabagisme, lutte contre la délinquance sexuelle, tout est filmé dans la longueur, on assiste aux discours des responsables du dossier, puis aux interventions contradictoires, puis aux votes. Malgré l'intérêt du projet de base, dire que c'est passionnant serait tout de même faux : on est là dans un des films les plus arides de Wiseman, un de ceux où on s'enferme pendant de longs mois dans un lieu clos où seule la parole a droit de présence, où le compère pose sa caméra devant celui qui parle et n'affiche d'autres ambitions que celle d'enregistrer le verbe s'exprimer et la loi voir le jour.

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Le problème est que ces longs discours et ces débats souvent brumeux n'arrivent pas à fabriquer un film, qu'il y manque ces fameux sas de décompression que Wiseman a su mettre dans ses autres films. On a bien droit à une ou deux récréations dans le hall de la vénérable institution, où on assiste à une mignonne chorale d'enfants ou à une démonstration de cornemuse (ouiiink) tout en noblesse et en kilt, mais ça ne suffit pas : on s'ennuie un peu devant ces considérations politiques, qui plus est très américaines, devant ces discussions reposant sur d'infimes détails ou sur ces bougres qui se prennent le chou tout en affichant un air de politresse extrême. C'est long, très long. Malgré tout, on aperçoit parfois le projet du cinéaste, et on se dit qu'il s'en serait fallu de peu pour nous captiver : le derneir tiers, par exemple, montre comment le système, malgré toutes ses qualités, peut parfois se rouiller : les manoeuvres privées des lobbies, le vacillement d'une présidente de commission ou l'agressivité patente d'un des participants envers un lobbyiste carrément louche, montre l'humain derrière le système, et du coup la faiblesse derrière le front d'airain. La démocratie fonctionne, vaille que vaille, mais elle fonctionne : c'est ce que dit ce film. Mais elle est très fragile. C'est un beau sujet, mais peu cinématographique ; filmer la parole est un exercice ardu qui ne semble pas tenir sur la longueur du métrage, et le débat politique ne semble pas être un sujet assez incarné pour mériter un film aussi long. Pour la première fois, on s'ennuie devant un Wiseman.

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