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Voilà le genre de doc qui pourrait plaire au désormais luxembourgeois Bastien. Soit donc l'histoire du tournage (un tournage qui a eu lieu 26 ans plus tôt) pour ce que l'on pourrait considérer comme le premier film indie singapourien... Petit problème, les bandes du film ont disparu pendant plus de vingt ans... Pourquoi ? Vous posez la bonne question. Reprenons le fil dès le départ. Sandi Tan, comme elle le dit, a tout fait à l'envers dans sa vie : elle a d'abord réalisé un film avec ses proches (le fameux Shirkers évanoui pendant des lustres dans la nature, on y revient), puis est devenue critique de films, avant de faire une école de cinoche aux States. Retour donc, by herself mais sans complaisance, sur son propre parcours à l'aide d'interviews récentes, d'images d'archives, d'extrait de films dont ceux de Shirkers finalement retrouvé (? j’y reviens, j’ai dit). Le documentaire est un peu brouillon, à l'aune du caractère de la donzelle qui passe une bonne heure à faire monter le suspense : elle retrace certes sa vie mais on sent constamment poindre une sorte de malaise durant les interviews ; on ne sait trop d'où vient ce sentiment de mal-être : s'est-elle brouillée avec sa meilleure amie, avec la plupart de ses proches qui ont collaboré au film de par son attitude, ou encore avec cet étrange individu qui fut une sorte de mentor pour elle, un certain Georges Cardona ?

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C'est bien finalement ce dernier élément qui s'avèrera le plus perturbateur... Le gars Georges avec son regard d'acier va dans un premier temps  faire des avances un tantinet litigieuses envers la toute jeune Sandi lors d’un voyages aux Etats-Unis puis va avoir un comportement pour le moins mystérieux durant le tournage de Shirkers, le film, en 1992... Manque d'investissement, prise de distance et... disparition à la fin du tournage avec toutes les bobines de film... Il fera une réapparition cinq ans plus tard en envoyant des bandes sans aucune image... Sandi Tan décide dans un premier d'enterrer son film (un trauma terrible sur tous les niveaux, créatif, affectif, financier...) puis se lancera des années plus tard sur les traces de ce fameux Georges qui semble bien avoir disparu pour de bon (!? info ou intox)... Je ne vais pas filer toutes les infos et les rebondissements mais le doc, après s'être longtemps penché sur le tournage de Shirkers, vire quasiment à l'enquête policière aux trousses de ce perturbé et perturbant Georges qui prétendait (entre autres choses plus ou moins fantasques) avoir inspiré le personnage principal de Sex, Lies and Videotape... Film maudit, film introuvable, véritable doc à la recherche du temps (de tournage) perdu, Shirkers, le doc, malgré ses maladresses (trop de sujets évoqués et un fil conducteur par toujours très clair) finit par marquer tout de même les esprit : les mésaventures de l'apprenti cinéaste Tan devraient ainsi combler tout passionné de cinéma qui rêva d'en faire, qui en fit en pure perte, ou qui finit après une très longue genèse par accomplir le projet d’une vie. Fouillis mais un mille-feuilles à plusieurs "bandes" qui touche de façon pertinente aux rêves (et aux cauchemars) de toute personne ayant souhaité un jour mettre la main à pâte au 7ème art. Intrigant.

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