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Outch un western à vous faire vaciller des carrières, et il s'en est fallu de peu, à mon avis, que les deux interprètes principaux de ce navet, Alain Delon et Dean Martin, ne voient leur mythe s'effondrer devant les gags poussifs et les scènes malaisantes. Michael Gordon, inconnu de mes services (mais pas de ceux toujours au taquet de Shang, qui a vu une paire de films noirs du gars), se montre un des pires choix possibles pour filmer ce machin qui, de toute façon, était un peu perdu d'avance. Mais comme si ça ne suffisait pas, on lui adjoint les services de tout ce qui se fait de pire en matière de techniciens de l'époque. Formellement, le film est affreux, depuis les détourages immondes des acteurs sur des fonds de transparence amateurs (Russel Metty à la photo) jusqu'à la musique, affreuse, qui souligne tous les gags par des petites notes de pipeau appuyées (Frank de Vol à la BO) : on se croirait sur les chutes de vannes de Casimir. Le compositeur a d'ailleurs du fil à retordre et beaucoup d'occasion de sortir son pipeau : le film se veut une comédie décalée, une sorte de parodie de western, mais qui appartiendrait quand même à la grande tradition, et nous donnerait notre lot de scènes d'action à égalité avec nos occasions de nous poiler comme des clés à molette. Le résultat est piètre : on soupire devant les scènes d'action, mal filmées et bâclées, et on pleure devant les tentatives de gags, poussifs et lourdauds.

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Alain Delon is Don Andrea Baldazar, noble espagnol qui débarque au Texas sur les traces de sa fiancée Phobe-Ann. Accusé de meurtre, maladroit et concon comme un Européen, il court au devant du danger, provoque en duel à tour de bras, met son honneur avant tout et veut embrasser quiconque lui porte secours. Face à lui, son opposé, le ricain 100%, le cow-boy qui en a, le gars qui connaît les Indiens et sent le fauve, Dean Martin (as Sam Hollis), qu'on a engagé pour traverser le territoire comanche avec un troupeau de boeufs. Entre les deux, l'amitié démarre, mais une amitié teintée de rivalité et de disputes, surtout au contact de la fameuse Phoebe-Ann que les deux convoitent. Il faudra que nos gusses en passent par bien des mésaventures (attaques d'Indien, charges de cavalerie) pour que leur complicité soit enfin reconnue.

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Imaginez un peu le potentiel comique de ce pitch. Non ? Bon, je vous explique : un chef indien qui se désole devant l'incompétence de son fils héritier, un Delon tout feu tout flamme qui importe son élégance européenne dans les bas-fonds du Texas, des nanas qui se crêpent le chignon pour les beaux yeux de ces messieurs, un chef de cavalerie qui beugle des ordres incompréhensibles, un pote indien qui se découvre as de la gâchette, un Dean Martin crasseux complètement dépassé par la fougue de son acolyte, ahah, il vous en faut encore ? Delon, engagé de toute évidence après qu'on ait eu dit à Gordon qu'il avait un sourire éclatant, sourit dont comme un con à toutes les scènes, ce qui lui donne un air franchement idiot ; Dean Martin a l'air dépassé par l'indigence de ce qu'il a à jouer, et se souvient du bon temps de ses rôles pour John Ford, les yeux au bord des larmes ; les deux comédiennes sont mauvaises comme des cochonnes ; et les seconds rôles sont condamnés à des caricatures assez gênantes. Alors, oui, il y a un ou deux gags assez marrants, notamment cette idée assez montypythonesque de sous-titrer un dialogue en langue comanche, ou ce dialogue subtil entre couples jaloux. Mais l'ensemble est tellement laid, tellement mal foutu, tellement plat, que ces petites trouvailles sont perdues dans un univers à gros sabots, d'une tristesse constante, mal rythmé, mal joué et privé d'énergie. Aussi chiant qu'une chanson de Dean Martin, aussi boueux que l'intérieur de la tête de Delon, un navet.

Go west, here