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Amérique du Sud, fin du XVIIIème siècle. Zama est un maire un brin désespéré (« Zama pas fort » me souffle-t-on - ah ben le niveau !) : il attend, avec impatience, sa mutation qui doit émaner du roi... Il a bien une femme (qui le trompe), une maîtresse (qui l'ignore) et plein d'autres super plans sous le coude mais… qui vont tous partir en quenouille. Bref, il a une vie de merde, et plus il essaie d'y croire, plus il s'enfonce...

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Si l'on attend un récit plein d'aventures, cette première heure et demie laisse forcément sur sa faim. On découvre un homme pris dans les rets de cette ville, un homme dont chaque tentative "pour changer d'air" semble vouée à l'échec : son assistant l'ennuie et le contredit, il le baffe et le blâme - il apprend ensuite que ce même assistant est prioritaire pour une demande de mutation... justement là, d’ailleurs, où voulait partir notre déconfit Zama. Notre héros lorgne sur une femme mariée chaude comme la braise... Il s'introduit une nuit chez elle et découvre, argh, qu'elle baise avec son assistant. Ah ben d'accord, genre. Un secrétaire proche du gouverneur annonce qu'il écrit un livre et qui blâme-t-on ? Zama... Zama parvient à avoir enfin un entretien avec le gouverneur pour avoir sa mutation... Et ce dernier lui annonce que seule la seconde lettre qu'il enverra sera prise en compte et que cela ne va prendre que un ou deux ans... Puis, pour enfoncer le clou,  Zama se voit dans l'obligation de quitter son chez soi pour un lieu excentré totalement pourave... Bref, on compatit avec ce pauvre Zama qui s'enfonce, s'enfonce... Le film, sans être tout à fait ennuyant, n'est pas ultra trépidant et l'on serre des dents pour la dernière demi-heure.

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Heureusement, c'est là que Lucrécia va faire de notre héros totalement paumé, un semblant "d'aventurier". Zama, qui à défaut d'avoir eu gain de cause auprès du gouverneur ou du roi a acquis une bien jolie barbe, part en expédition à la recherche d'un fameux bandit local, un certain Vicuña Porto. Les décors se font enfin exotiques, l'oxygène dans cette œuvre très anxiogène se fait enfin sentir, et l'on sent que Zama pourrait peut-être enfin briller... Briller, non, le type est semble-t-il maudit... Mais Martel, elle, sort le grand jeu pour donner à son récit une tournure beaucoup plus originale et troublante. Zama, si tranquille finalement jusque-là dans sa vie stagnante de patachon, va se retrouver méchamment secoué... Un bandit (Vicuña) qui le serre de près et le menace, des indiens tout de rouge peints qui leur sautent frénétiquement dans les pattes et les kidnappent, des types avec des masques piqués à Franju qui se montrent terriblement inquiétants, une armada d'aveugles qui tels des zombies envahissent la nuit... Zama va aller de Charybde en Scylla pour terminer tel un Johnny Depp deadmanesque en route vers la Terre des esprits... Ces dernières trente minutes très inspirées donnent une dimension beaucoup plus "métaphysique" à cette première partie un peu plombante (mais qui fait son petit effet). Zama oscille entre le héros herzogien qui se bat face à l'impossible et le personnage jarmushien définitivement maudit (mais qui peut finir par accéder paisiblement à la mort...). Un film un peu sclérosé au départ qui distille un parfum d'aventures des plus surprenants dans sa dernière ligne droite. Subtil et déstabilisant.

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