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A peine le temps de mettre en place un petit hommage à Roeg qui vient de nous quitter que Bertolucci nous pète dans les doigts. Bon, désolé Bernardo pour ton petit tango à contre-temps, on va se focaliser sur l'heure sur l'ami Nicolas. Tout est résumé dans le titre français quant à la thématique amoureuse et dans le titre anglais pour l'élément policier de cette histoire passionnelle et un peu glauque - je n'en dirais pas plus. Soit donc Art Garfunkel (eh oui celui de dou doudoudou doudoudou doudoudou), psy au front marqué (il est à Vienne ce qui lui donne une certaine contenance), qui va craquer pour la belle blonde Theresa Russell. Elle est mariée, elle vit à l'est et l'on ne sait trop ce qu'elle recherche. L'Art lui est dingue d'elle et aime en particulier à lui retrousser jupon - un tantinet obsédé l'Art... Dès le départ, on sait que la chtite a fini par se bourrer de médocs et se trouve entre la vie et la mort à l’hosto. L'on suit donc leur relation décousue à travers de multiples flashs-back plus ou moins courts qui nous font parfois perdre un peu pied (une petite façon de nous déstabiliser qui rend bien au bout du compte le désarroi et la confusion d'Art face à cette trop belle femme pour lui). Art a accompagné Theresa à l'hôpital et ne tarde pas à se faire interroger par la police viennoise sur les circonstances du drame. Après quelques questions pour la forme, un Harvey Keitel tout frais mais à l'œil perçant commence à cuisiner un Art de moins en moins à l'aise...

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Des flashs-back, disais-je, des flashes aussi, une façon comme une autre de chercher à recoller les morceaux de cette histoire un rien chaotique. Theresa cherche donc à quitter un mari de trente ans plus âgé qu'elle pour cet Art en pleine force de l'âge et en pleine possession de ses moyens intellectuels. Lui, fin psychologue si l'on en croit sa réputation, craque tout bonnement pour cette femme qui lui échappe moralement et physiquement : il a un peu de mal à se faire à son sens du bordel, comme il en a souvent à croire à sa fidélité. Elle, n'a d'yeux que pour lui, même si parfois il semble plus intéressé par la bagatelle que pour la discussion... Le film alterne moments paisibles post-coïtum sur l'oreiller, instants de joie en vacances (la jolie petite parenthèse marocaine du côté de Ouerzazate) et engueulades plus tendues ; d'où de multiples séparations entre nos deux personnages avant de multiples réconciliations... Jusqu'à ce fameux soir de « dépression » (elle fait une tentative de suicide, il lui vient en aide) qui risque, attention, d'être fatal à l'un ou à l'autre... L'image de Roeg (on est au début des eighties) est relativement léchée sans jamais faire pubesque et les choix musicaux sont d'un goût subtil (de la voix rocailleuse de Tom Waits à l'éternel morceau pianesque de Keith Jarrett - à Cologne, bien évidemment, morceau que j'avais justement réécouté récemment religieusement). De l'art de séduire à l'Art Garfunkel il n'y a qu'un pas, d'autant que l'Art a l'art de perdre les pédales - le psy piégé en un sens par sa propre conscience, bonne ou mauvaise ? Un film joliment déconstruit et pimenté d'une pointe d'érotisme eighties qui tend à démontrer les pièges (infernaux ?) de la passion. De bonne tenue. Un Roeg à redécouvrir formellement et femen-ement.

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