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Paul Schrader a réalisé tellement de merdes que voir arriver un film aussi digne que First Reformed ne peut que surprendre et pousser à la bienveillance. Pourtant ce film a tous les aspects du Schrader-movie dans ce qu'il a de plus malaisé : c'est naïf jusqu'à la puérilité, doloriste comme on ne l'est plus, excessif par tous les bords, pas toujours bien réalisé, ringard un peu, tout mal foutu. Mais je ne sais pas, un charme certain émane de ces tergiversations sacerdotales, et le tout est porté avec une telle conviction, une telle sincérité, que pour cette fois on est tout amour pour cet objet rejeté de partout (le film n'existe qu'en VOD, refusé par tout le monde).

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Ernst Toller (Ethan Hawke, intense) est un prêtre torturé par son passé, la mort de son fils. Il s'est réfugié dans une église que plus personne ne fréquente, véritable musée poussiéreux où il coule des jours paisibles mais hantés. Jours troublés par un activiste écologiste qui se pose des questions sincères sur sa prochaine paternité : a-t-on le droit de donner naissance à des êtres dans ce monde voué à sa fin dans les prochaines années ? Et surtout, Dieu nous pardonnera-t-il de l'avoir fait ? Le mec se flingue, et dès lors le curé est harcelé par la culpabilité, par le questionnement, par la volonté de faire payer aussi ceux qui polluent cette planète, symbolisés par l'entreprise qui sponsorise son église. Au jour de l'anniversaire de celle-ci, le choix va s'avérer radical pour lui : cédera-t-il à la violence ou trouvera-t-il dans l'expiation, voire dans l'amour, la voie de sa rémission et l'apaisement de sa haine montante ? Les tourments de ce curé sont regardés avec une férocité et une empathie très sincères. On le sait, Schrader ne cesse de fabriquer des scénarios et des films habités de foi, et tourmentés par sa perte. Le sort de ce petit personnage ordinaire, solitaire, culpabilisé, existentialiste en quelque sorte, ne pouvait que le concerner, et il filme la chose, en tout cas dans la première heure, avec une belle sobriété. Ethan Hawke, sobre, est pris dans de très beaux dialogues sophistiqués (l'un avec l'activiste écolo, magnifiquement écrit ; l'autre avec une collègue qui lui fait du gringue, d'une violence rentrée magnifique), et dans des cadres rigoureux qui l'enferment. Le décor de cette église abandonnée de tous est le cadre idéale pour laisser parler la douleur cachée de ce prêtre, bien entendu alcoolo comme un Shang le samedi soir et hanté par le remords comme un Shang le dimanche matin. 

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Dans la deuxième partie, le gars laisse exploser son style, et se livre à quelques scènes dont on ne sait trop si elles sont ridicules ou géniales. Ça commence avec l'osmose d'un couple filmée au premier degré : la femme se couche sur le prêtre pour un moment de communion des âmes, et le couple s'envole dans le cosmos, au dessus des pôles, par-delà les arbres, le tout filmé avec une transparence à faire frémir toute personne dotée d'yeux. Mais dans la naïveté de ce plan, il y a une confiance dans l'aspect direct du cinéma qui force le respect. Ça se continue avec cette fin, qu'il ne faut tout de même pas dévoiler, mais où on reconnaît les thèmes éternels du gars, poussés à leur paroxysme. First reformed, c'est Taxi Driver sans De Niro, sans taxi et sans bain de sang... et sans Scorsese, me souffle-t-on, ce qui n'est pas faux, Schrader se plantant sur pas mal de séquences qui nécessitaient un grand cinéaste pour passer la barre. La photo est assez moche, l'image aussi (c'est quoi, ces focales bizarres, et ce cadre tout borgnole ?), le montage ne gère pas tout bien : pour une scène intéressante, il faut se fader des longues séquences inutiles (les dialogues avec le révérend Machin, bouarf). Mais les thèmes forts y sont, et traités au premier degré, l'écriture y est souvent, la direction d'acteurs aussi parfois, et on se retrouve avec un film un peu too much, un peu bancal, mais finalement assez touchant. Et on a beau dire : cette fin m'a assez interloqué pour que je vous conseille vivement la vision.