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Mon sectarisme légendaire m'a toujours fait considérer Jerry Lewis comme un amuseur guère intéressant, capable au mieux de quelques fulgurances de mise en scène (The Nutty Professor), au pire de grimaces fatigantes. Mais avec The Ladies Man, je dois reconnaître que le gars m'a bluffé. En un mot, je me suis marré comme une baleine (en me cachant derrière ma main, hein, j'ai une réputation à garder), tout en admirant le sens de l'espace du compère, mea maxima culpa. Lewis assume totalement la vacuité de son film, et n'a en tête qu'un seul but : amuser, par tous les moyens, en piquant chez Tex Avery, dans le non-sens anglais, au cabaret, au café-théâtre, à la comédie musicale, faisant feu de tout bois pour satisfaire son public du dimanche soir. Qu'il mette une telle application en plus dans la mise en scène est tout à sa gloire, il n'était pas obligé.

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Le scénario tient sur un post-it : Herbert H. Heebert, après une déconvenue sentimentale, devient un ennemi des femmes, appelant sa mère dès qu'une d'elles lui fait quelque effet. Mais il se retrouve locataire d'une demeure fantasmatique entièrement habitée par des donzelles toutes plus girondes les unes que les autres. Notre gars parviendra-t-il à surfer entre les femmes, ou cédera-t-il aux avances appuyées de celles-ci ? La trame n'importe guère : l'essentiel est d'être entraîné dans une suite de sketches plus ou moins inspirés, qui donne l'occasion à Jerry de faire montre de son catalogue de grimaces et de situations absurdes. L'atout principal du film, on le sait, c'est son décor : une immense baraque construite en dur, au quatrième mur occulté pour permettre d'en avoir une vision complète dans les plans généraux assez faramineux. Quand la caméra recule pour attraper l'ensemble de la bâtisse, on est bluffé par la grandeur de la chose. Le personnage passe d'un étage à un autre, d'une pièce à une autre, et la caméra peut le suivre en travelling ou en plans fixes généraux. C'est très beau, d'autant que la lumière est très soignée et que les couleurs (très sixties) sont au taquet. La mise en scène est très fluide à l'intérieur de chaque séquence, pleine de mouvements élégants et d'idées. Ainsi, la construction permet à Lewis de jouer avec les cloisons et les possibilités de la fiction : à chaque porte ouverte, c'est le début d'une nouvelle idée, d'une nouvelle trame. Certes, le film devient ainsi un film à sketches, décousu souvent, mais il y a un côté magique dans le principe. Il suffit d'ouvrir une porte pour que commence une nouvelle trame, habitée par une nouvelle femme. Herbert devient l'homme à tout faire de la maison, peut passer ainsi de chambre en chambre, et peut déclencher à chaque fois un "court-métrage". Le tout est relié par ces plans d'ensemble qui sont comme des récréations dans le film, découpant le film en courtes séquences. Du montage effectué par le décor, disons.

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Alors, bien sûr, une fois cela dit, on remarque que le film est très inégal. Pour une scène poilante, il faut s'en taper deux un peu pénibles, mal finies, mal insérées dans le plan d'ensemble (un plan ? quel plan ?). Il y a des petits bouts de danse, une partie qui vire à la sucette autour d'une émission de télé, un sketch pataud avec un chien féroce, la plupart des séquences est assez morne. Mais dans le détail, Jerry Lewis est bon, décidément plus auteur de scènes que de film : il suffit d'un tout petit détail de jeu (parfois d'ailleurs amené par ses partenaires féminines, vraiment bien et pas du tout faire-valoir) pour que la scène devienne drôle. Il y a en plus un goût du jusqu'auboutisme qui marque des points : l'agonie de Herbert quand il découvre la trahison de sa fiancée est impeccable. Au milieu de tout ça, il y a quelques séquences très fun, comme ce dialogue autour d'un parrain de la pègre et de son chapeau (George Raft en guest), qui va là aussi jusqu'au bout du truc. Cette volonté coûte que coûte de donner du plaisir simple à son public est finalement touchante, et on se réconcilie avec le clown Lewis pour cette fois. Pas tout à fait prêt pour une intégrale, mais tout de même...

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