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Une malédiction semble frapper tous les cinéastes portant le nom de Lellouche, puisqu'après le magicien du hasard en carton, voici le cynique maquereau des sentiments. J'ai détesté Le Grand Bain, alors que j'y allais pour passer un bon moment, espérant y trouver un film à la Altman, choral et sophistiqué, porté par de bons acteurs. En guise de Altman, je me suis trouvé devant un film qui, comme le dit l'expression à la mode, prend en otage son public, lui balançant de la poudre aux yeux pour mieux cacher une attitude crapoteuse face à la vie, un regard supérieur et dégueulasse sur les hommes, une posture de parvenu fier de son faux humanisme, et une totale incompétence en matière de cinéma. Le film s'inscrit dans une mode facile : les hommes ne sont plus ces cow-boys virils qu'on voudrait, et sont, tiens donc première nouvelle, capables de sensibilité, de grâce malgré leur ventre bedonnant, et de sentiments.

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Pour le prouver, il va quand même falloir pas moins de 8 spécimens, soigneusement choisis dans tout le spectre du cinéma français pour combler la ménagère, en donner à tout le monde, et réconcilier cinéphiles et tenants d'un cinéma de divertissement : il y a Canet et Poelvoorde, pour le côté "on va se marrer, les enfants, les gars font des entrées de malade" ; il y a Amalric et Anglade pour le côté "ouais, on est capables, même en ayant fait du Chéreau et du Desplechin, de jouer dans un film en bonnet de bain" ; il y a Philippe Katerine, pour plaire aux Inrocks ; et il y a deux ou trois autres figurants, un Noir qui parle pas français parce que c'est rigolo, Félix Moati parce qu'il est pas cher, ce genre de choses. Mettez donc tout ça sous la férule de Virginie Effira (les femmes adorent Virginie Effira, presque autant que Guillaume Canet), foutez-les à poil dans une piscine et laissez couler, il en résultera bien quelque chose. Ah si, important, il faut densifier un peu les personnages, par exemple en leur donnant à tous le mal du siècle : la dépression, que chacun gère à sa façon, l'un en sanglotant dans sa piscine, l'autre en beuglant sur tout et tout le monde, un troisième en mangeant des pilules au petit-dej, un autre en fantasmant une vie de rocker, etc. Le tour est joué : le spectateur y verra une douce variation sur la déprime, une réhabilitation de l'Homme en animal sensible, et se marrera en découvrant les aventures de nos cinquantenaires occupés à gagner le championnat du monde de natation synchronisée.

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Le regard de Lellouche sur ces pauvres individus est tout de complaisance, de supériorité de parvenu et de mépris. Le gars fait semblant d'être en empathie avec chacun d'eux, mais ne parvient absolument pas à cacher le sarcasme moqueur qu'il pose sur chacun. Les scènes grotesques et gênantes s'accumulent, de Anglade portant sur ses épaules sa fille retrouvée qui fait l'avion au ralenti (la môme a 16 ans environ, voila sa carrière brisée par un seul plan), à Katerine évoquant ses trois amantes avec fierté (sous-entendu : le gars a jamais baisé, pffff, ouah le puceau). Oublions le total manque d'écriture, qui consiste à faire remporter le championnat du monde par une bande de bras-cassés face à des équipes hyper rodées, oublions l'incompétence crasse de Lellouche au montage, ne pouvant qu'accumuler des courtes scènes sans jamais trouver le moyen de raconter quelque chose en séquences longues ; oublions la direction d'acteurs, effectuée au plus rapide, chacun reproduisant le jeu qui a fait sa gloire (Katerine en naïf, Amalric en dépressif presque fou, Canet en irascible, Poelvoorde en chef d'entreprise mal à l'aise avec l'autorité, etc.) ; oublions l'absence complète de scènes drôles dans un film qui visiblement se targue d'être une comédie douce-amère. Tout ça est pitoyable, mille fois trop long, et même dans les scènes-clé (le ballet final, jamais filmé, ou alors façon Rocky) le metteur en scène est aux abonnés absents. L'important est la posture de petit malin que Lellouche se sent obligé d'adopter face à ce triste échantillon d'humanité. Le gars déteste ses personnages, c'est évident, et leur maintient la tête sous l'eau avec une complaisance qui frise le sadisme. On a mal pour ces acteurs qu'on aime bien d'ordinaire, contraints de faire les pitres dans des scènes sur-écrites et ridicules : Anglade entamant une conversation super sérieuse avec sa fille en bonnet de cuisine (il est à la plonge dans une cantine, eheh, ça c'est rigolo), Katerine (le pire) geignant devant l'autorité de son entraîneuse (oui, parce que si les hommes sont des cons déprimés, les femmes sont des maîtresses SM, c'est bien connu), Moati narrant son quotidien d'infimier dans une Ehpad (le mépris dans toute sa bêtise satisfaite). Bref, le film est de droite, portant sur une humanité de veaux le regard de celui qui sait, qui juge et qui dirige ; mais plutôt que de s'assumer comme tel, il préfère adopter cette attitude de faux complice compréhensif, ce qui est encore plus dégueulasse. Succès assuré, moi je vous le dis.

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