hamburger-3

Ah oui, c'est foutraque, c'est inégal, c'est souvent pas terrible. Mais peut-on réellement demander à un article d'Hara-Kiri ou à un sketch des Nuls d'être d'un goût sûr ? C'est bien dans cette veine-là que s'inscrit ce film amateur et dépenaillé, qui tape dans tous les sens pour mieux nous imposer son humour cracra, fait de jeunes filles dénudées, de bruits anaux peu ragoûtants, de racisme assumé, de grosses blaguasses à base d'animaux en rut, de braguettes mal refermées et d'éjaculateurs précoces. On peut trouver ça affreux, et il faut reconnaître que ça l'est parfois ; on peut aussi y voir un manifeste punk délicieux à contempler au sein des ambiguës années 70, ce qui change la donne et laisse entrevoir une certaine jubilation à contempler ces aberrations. L'ennemi principal de Landis et de ses scénaristes, les fameux ZAZ (Zucker, Abrahams et Zucker), c'est la télé, la crétinerie brandie comme une affaire sérieuse par les flashs d'infos concernés, les pubs débiles, les films bas du front et les feuilletons racoleurs qu'elle propose. Le film aligne donc les sketches plus ou moins drôles pour dézinguer le politiquement correct de ces émissions pourries. On a droit à à peu près tout ce que l'humour potache peut produire, dans ce qu'il a de plus douteux (les blagues sur l'endurance des Noirs, les Asiatiques qui s'appellent tous Ping et qui sont spécialistes d'arts martiaux, les femmes qui ne servent qu'à écarter les cuisses en rosissant, autant de tendances qui mériteraient 12 hashtags et 17 procès aujourd'hui) comme de plus réussi (la fausse pub sur l'utilité de l'oxyde de zinc, le détournement d'une émission de procès, ou le débat pollué par un preneur de son maladroit, sont des grands moments de délire). On voit tout à fait ce que ce genre de production a pu avoir d'utile dans la société de consommation corsetée de l'époque, et le camp que choisit délibérément Landis, celui de la contestation et de la satire. On voit aussi tout ce que ce film a apporté à l'humour d'aujourd'hui en termes de combat contre la bien-pensance et d'insolence de collège. Après, dire que le film est réussi serait un peu cavalier : bien trop vite fait pour être vraiment intéressant au point de vue du cinéma, bâclé à trop d'endroits, maladroit bien souvent, il ne donne l'occasion de rigoler que rarement, et on apprécie plus l'existence d'un tel objet que son résultat. Il donne quand même l'occasion de contempler une grand-mère adresser un vigoureux doigt d'honneur au public, ce qui n'était certainement pas si fréquent dans l'Amérique des années 70.

hamburger-film-sandwich-02