Larmoire-volante-AKA-The-Cupboard-Was-Bare-1948-3

Ma mémé Marthe était fan de Fernandel. Aussi, pour lui rendre hommage, parce que j'avais envie d'un bon vieux machin du patrimoine, et pour chercher dans ce film vu 10 fois dans mes 7-12 ans quelques traces de mon enfance perdue, j'ai envoyé L'Armoire volante. Eh bien pour tout dire, ma mémé Marthe avait des goûts douteux en matière de cinéma. Je veux bien resituer ça dans le contexte douloureux de l'après-guerre, reconnaître que les Français avaient sûrement besoin à l'époque de divertissement facile, mais Carlo Rim atteint tout de même ici un point de non-retour dans l'indigent. Alfred Puc (Fernandel), brave percepteur sans histoire, consent à ce que sa vieille tante acariâtre fasse le voyage Paris-Clermont-Ferrand pour son déménagement, alors qu'il fait un froid de gueux. La vieille clamse pendant le voyage, les déménageurs la foutent dans l'armoire faute de mieux, mais voilà que le camion de déménagement est volé, avec la tata dedans. Puc commence alors une odyssée à travers Paris pour récupérer la fameuse armoire et le cadavre, odyssée qui se déroulera en grande partie dans un hôtel de passe qui a acheté tout un lot d'amoires identiques. C'est rigolo, puisque Fernandel est un modeste homme sage plongé dans un univers interlope, avec malfrats et filles légères de rigueur. Sur ce scénario maigrelet, Rim se débat pour rendre les séquences intéressantes. Mais les scènes d'action consistant à filmer Fernandel ouvrir des portes d'armoire, on s'ennuie un poil tout de même. Il n'y a rien à se mettre sous la dent dans ce film mal rythmé, mal écrit (une fin hyper décevante et bâclée, notamment) et mal joué : même notre héros national cachetonne sans passion, semblant se demander ce qu'il fout dans cette galère. A chaque scène, on devine le petit potentiel qu'un bon cinéaste aurait pu trouver là-dedans, ici un dialogue argotique croquignolet, là une pointe d'humour macabre, ici encore une critique larvée des moeurs légères des Français. Mais Rim ne voit rien, et saccage les maigres possibilités de ce scénario de court-métrage par un total manque d'imagination et de savoir-faire. Tout pourri.