vlcsnap-2018-10-28-13h56m27s791

J'avais un assez bon pressentiment envers ce film qui s'annonçait comme une "passion amoureuse comme on n'en fait plus", genre. En relisant la chronique de mon compère sur Ida, j'ai un peu peur qu'on retombe sur le même genre de travers : une belle facture, du romanesque "lyrique" (faut aimer se taper le folklore et les chansons (douçâtres) polonaises - et autres) mais définitivement court en bouche - surement parfait pour tout bon critique (et lecteur) de Télérama (je regarde en direct sur Allociné (!) : "Le cinéaste filme cet amour comme une malédiction, à travers des scènes où le plaisir et la mélancolie ne font qu’un. Des scènes à la fois intenses et un peu irréelles, comme les fragments distanciés d’un rêve ou d’un passé dont on ne voudrait garder que les souvenirs essentiels, douloureux et heureux." Cinq étoiles à l’aune de l'échelle d’Allociné - eheh, les bougres, je les connais par coeur). Bon, on ne va pas crier à l'usurpation : re-création (un peu nostalgique ? Bah, ne soyons pas trop dur non plus) de cette bonne vieille Pologne détruite d'après-guerre avec exaltation des "racines" folkloriques, deux acteurs plutôt charismatiques (dont Joanna Kulig, la petite blonde au joli minois qui peut changer de coiffure à volonté en gardant du chien), des rebondissements tempo-géo-politiques qui ne cessent de s'enchaîner sur une heure dix-sept... Bref, une grande romance à l'ancienne comme on dit mais qui malheureusement laisse un peu sur sa faim...

vlcsnap-2018-10-28-13h56m44s210

vlcsnap-2018-10-28-13h57m07s259

Parce que voilà, si Pawlikowski excelle à trouver les bons décors, prend un plaisir certain à recréer des ambiances (musicales ou autre) d'un autre temps que les moins de... ne peuvent pas connaître, soigne esthétiquement chaque plan (cadre au cordeau, adaptation formelle à chaque lieu de tournage...), il déçoit beaucoup plus pour rendre justement compte de cette passion sentimentale... Si nos deux héros font tout pour se rejoindre (ah c'est pas évident cette guerre froide entre l'est et l'ouest, hein, on sent bien qu'il y a des tensions...), semblent même méchamment destinés à ne pas vivre l'un sans l'autre, etc..., ils sont finalement un peu moins convaincants quand ils sont ensemble... La petite partie parisienne de leur amour tourne trop court : nos deux amants sont enfin libres, enfin tous les deux dans un même pays, réunis qui plus est autour d'un projet musical mais toutes ces conditions qui devraient faire leur bonheur fait pschitt... Oui, il est un peu titillé par une autre artiste, oui, elle est un peu en manque (on se demande franchement pourquoi) de sa Pologne natale et ?... Eh bien, leur vie commune part en vrille et le gros problème (les séquences s'enchaînent en plus un peu trop rapidement), c'est qu'on ne ressent jamais vraiment cette passion l'un envers l'autre... Un comble pour un amour qui se devait a priori de réchauffer l'ambiance en pleine guerre froide. Le cinéaste semble avoir pris plus de soin à travailler sa forme que son fond, à savoir cette fameuse relation sentimentale... Leur amour ne se révèle finalement que lorsqu'il est impossible, que lorsqu'ils sont séparés et tout cela sonne finalement aussi creux qu'une ritournelle de Voulzy (plus je m'éloigne et plus je t'aime, ad lib...). D'où une pointe de déception quand le générique tombe, après une scène tellement mélodramatique qu'elle laisse, de guerre lasse, un peu froid (forcément) : un récit virevoltant, lyrique donc (un peu trop ?), aux images léchées mais qui reste un peu trop superficiel émotionnellement (rendez-nous Sirk, bon sang !). Pas super well.   (Shang - 26/10/18)

vlcsnap-2018-10-28-13h57m20s321


Plutôt convaincu pour ma part par ce film sensible, bien mis en scène, et suffisamment court pour que son esthétique certes un peu clinquante ne lasse pas. La critique de mon camarade repose essentiellement sur la morale de cette histoire (il n'aime pas visiblement le côté "Fuis-moi je te suis" de ce couple), mais il me semble que c'est un faux procès : voilà deux personnages crédibles, un amour qui ne se fait jamais, et peu importe qu'on adhère ou pas à cette vision de l'amour. Certes, c'est un amour qui ne voit pas le jour, enfermé dans les contingences sociales, politiques, artistiques, rendu impossible par le caractère entier des personnages. Mais c'est cette tristesse-là qui fait le charme de ce film mélancolique mais pas nostalgique, les deux pieds bien ancrés dans sa culture mais pas chauvin. Notons plutôt que Pawlikowski filme très bien la musique, qu'il s'agisse de ces romances folkloriques (que pour ma part, j'ai trouvées étonnamment belles, portées par ces voix de gorge incroyables, porteuses d'une sentimentalité directe) ou les morceaux de jazz (beaux plans sur les mains virevoltantes au piano, ou sur le "passage des instruments" lors de la scène de concert un peu pathétique de l'héroïne), qui font parfois virer le film dans la quasi-comédie musicale. Les morceaux de musique, très divers, sont comme la BO de cette histoire d'amour, et sont très bien sentis par le cinéaste. Bien aimé aussi les passages en France, où notre héros vient se perdre, pas dans la bonne culture, pas avec les bonnes personnes, déraciné. Et bien aimé la rapidité de narration, le tout étant raconté en courts chapitres très concis, qui ne déborde jamais trop dans le signifiant, qui mènent le récit d'un point A vers un point B (le final est mélo, oui, mais c'est le genre qui veut ça) avec un sens de l'ellipse impeccable). Non, vraiment, si on enlève ce noir et blanc un peu trop léché et quelques épisodes un poil too much (l'emprisonnement du héros), que du bien à dire de ce film froid comme la glace et pourtant chaleureux et doux.   (Gols - 03/11/18)

Pawel-Pawlikowski-Cold-War-1200x520