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Bon, n'étant pas franchement un grand fan des corridas, j'avançais un peu sur la pointe des pieds et une muleta sur les yeux pour en découdre avec ce film de Rosi. Même si les scènes de corridas se taillent la part du taureau, l'essentiel est forcément ailleurs : il s'agit bien - au moins au premier plan - de montrer l'ascension (et la chute ?) d'un gamin de paysan dans l'Espagne, guère folichonne politiquement, des sixties. Rosi excelle à faire une fiction aux allures de documentaire : description d'un monde paysan peu joyeux, procession religieuse avec tous les apparats possibles, corridas aux allures de jeux du cirque contemporain. Miguelin a une belle gueule, est ambitieux et ne manque point de courage. On va suivre par le menu sa recherche de petits boulots, son entraînement de torero dans une cave puis ses premières joutes taurines. L'homme reste droit dans ses mocassins vernis, connaît rapidement le succès mais plutôt que de s'envoler vers les cieux du succès, semble vite touché par la fatigue : toréer n'est pas une tâche de tout repos... Chronique d'un mort (politique ?) annoncée ? La formule a ses atouts.

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Rosi nous plonge au cœur de la vie de son temps entre petits bars poisseux et putes pas chères et ces soirées grands crins merdiques et putes de luxe faciles. Entre cela, Miguelin se bat contre ces pauvres taureaux, mettant toute son âme au combat : il aime à jouer avec l'animal, à lui caresser le front, à le faire valser en position assise. On ferme plus souvent les yeux qu'à son tour devant le "spectacle" de ces pauvres bêtes ensanglantées qui n'ont jamais demandé (sauf erreur) à faire partie du show ; Rosi, bienheureusement, ne cherche jamais à embellir les choses, insistant même souvent sur ces toréros qui se ridiculisent devant une foule hilare et bêtasse à se faire encorner. La corrida fait partie intégrante de cette œuvre filmique mais sans jamais qu'on mette de côté le personnage principal pris dans les rets de ce monde du spectacle ; son ascension est rapide tout comme le sera sa chute... laissant en clôture, comme en ouverture, la place aux processions d'apparat - comme si ce monde-là tournait en rond, n'était qu'une pure société du paraître. Les pauvres semblent condamnés à devoir jouer les gladiateurs pour côtoyer les sommets, se faire applaudir par les privilégiés, avant de devoir se retrouver, tout aussi ensanglantés et mis à mort, que ces pauvres bestiaux. Le film est âpre et Rosi, en bon Italien qu'il est, n’est en rien dupe de cette Espagne-là. Pointu (forcément) et rugueux, un film de "genre" qui n'a rien perdu dans le fond comme dans la forme de sa hargne violente.

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The Criterion Collection