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On croit à chaque fois que Dumont arrivera au bout de ses idées barrées. C'est mal connaître le bougre. Le voilà qui revient par la porte risquée de la fameuse "deuxième saison", après un P'tit Quinquin absolument révolutionnaire, immanquable et génial. Cette première saison était si surprenante qu'on avait un peu peur de la suite, et c'est vrai que, seul défaut à peu près incontournable, l'effet surprise joue moins avec ce Coincoin. Dumont reprend les mêmes et prolonge le jeu étrange de ses non-acteurs, et on est en terrain désormais connu. On se souvient aussi du retournement complet de ton dans le quatrième épisode, et là aussi, le gars ne vise pas la surenchère : Coincoin est plus "direct" que son frère aîné, plus immédiatement drôle, s'affirme plus comme une farce, est en un mot moins profond et bouleversant. Mais il compense avec intelligence cette attente forcément déçue par la maîtrise de chaque élément de son comique, par l'imagination, par le porte-à-faux. Il pousse encore un peu plus loin son système, vision viciée de la société contemporaine vue à travers le prisme d'une poignée de personnages étranges, aux comportements toujours inattendus, un sorte de vrille du réel qui n'est pas sans rappeler la récente saison de Twin Peaks.

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Les personnages ont grandi entre les deux séries : Quinquin est devenu Coincoin, ado attachant désormais colleur d'afiche pour le FN, rebaptisé Bloc, plus par désoeuvrement que par réelle conviction ; sa copine s'est amourachée d'une jeune agricultrice ; son oncle est toujours aussi bancal et incadrable ; seuls les deux inspecteurs, van der Weyden et Carpentier, n'ont pas bougé d'un brin, mis à part les compétences en cascades de bagnoles du second : toujours aussi incompétents et perdus, ils sillonnent sans but les petites routes de ce bled du Pas-de-Calais, interrogeant ici un curé pédophile, là un type qui s'est fait attaquer par un cormoran, chopant le gars Coincoin en pleine scène de baisers baveux avec sa nouvelle conquête, et tirant de temps en temps un coup de feu en l'air parce que "Qu'est-ce que c'est ce bordel, Carpentier ?". Leur "enquête" tourne cette fois autour de mystérieuses bouses tombées du ciel, d'origine z'inhumaine, qui non seulement engluent ceux sur qui elles tombent mais ont tendance à cloner aussi certains habitants du village. Clones qui, par ailleurs, ne font rien de particulier. Juste ils sont clones. Autant vous dire que le capitaine Van der Weyden aura force occasions de cligner des yeux, d'agiter les bras et de gonfler les joues dans cette affaire qui ressemble à "l'apocalysse".

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Si les références sont toujours visibles (Tati pour les bruitages à la con, Renoir pour l'humanité), on est tout de même ébahis par l'absurdité totale de tous les éléments du film. Les acteurs, tous tordus, tous bizarres, jouent dans une sorte de système bressonnien, distance et en même temps totale sincérité ; l'univers est une sorte de condensé des problèmes politiques (migrants qui errent sur les chemins, montée des extrémismes, pédophile dans l'Eglise), mais comme déréalisés, sans sève, juste comme des images ; les gags arrivent n'importe quand (une vague qui emporte Carpentier au moment où on ne s'y attend pas) ; les sentiments des personnages (superbe évolution de Coincoin) sont regardés avec un mélange de tendresse et de cruauté ; et le ton général du film se situe en gros aux confins de l'improbable. Sans jamais faire de sociologie, genre "les gens du Nord-Pas de Calais sont quand même des putains de crétins", Dumont use au contraire d'un humanisme total, faisant entrer dans son cadre ceux qu'on ne voit jamais, les gueux et les réprouvés en gros, et en leur donnant à faire des "choses de cinéma" : tirer au flingue, faire une cascade en bagnole, se déguiser en zombie, jouer à une scène haletante (...) de course-poursuite... et surtout faire rire, parce que, il faut bien le dire, tout ça est hilarant. Le côté farcesque n'exclut d'ailleurs aucunement le brio de la mise en scène : Dumont réalise toujours ses cadres extraordinaires sur la campagne du Nord, filmant la région et ses habitants avec un amour total. Sa science du montage a également rarement été aussi précise, notamment dans les dialogues infinis entre les deux flics (dialogues par ailleurs complètement privés de sens et aux trois-quarts inaudibles). Quant au final, en lieu et place de la grâce trouvée jadis dans P'tit Quinquin, il ouvre les vannes de l'émotion, avec ce tour de piste festif de tous les personnages au son de la fanfare locale.

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Impossible de toute façon de résumer par un texte toutes les émotions contradictoires, du tapage de cuisse au bouleversement, du rictus gêné (ces deux curés méritant le prix d'interprétation dans tous les festivals du monde) à la sidération, que déclenche cette série incroyable. Le mieux est de la voir, de préférence bouche bée, et de se prosterner une nouvelle fois aux pieds de son créateur, plus grand cinéaste français vivant, un inventeur de forme, un novateur, un esthète, un intellectuel, un génie pour résumer.  (Gols 27/09/18)


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Coincoin le retour. Une saison 2 qui s'ouvre sur un gag busterkeatonien et qui se ferme par une parade federicofellinienne ne peut pas être mauvaise, surtout si entre-temps il y aura eu un clin d'oeil hitchcockien via une saloperie de goéland. De simples petits clins d'œil cinématographiques faits par un Dumont de plus en plus taquin : cette saison 2 donne souvent l'impression de n'exister que pour la "parade", s'amuse à tourner en rond, clonant à tour de bras sans que cela ne dope forcément l'action... On voit bien que Dumont se fout de plus en plus de son intrigue (on retrouve même le mystérieux motard lors de la parade finale - motard qui reste donc mystérieux et ne lève aucun voile sur la saison 1), flirtant avec le burlesque (des petits gags à l'envi) voire le grotesque (on comprend d'ailleurs de moins en moins les discours du commissaire qui s'auto-auto-parodie ad lib...). Cela peut laisser de marbre (j'en connais), d'autres peuvent se laisser prendre au jeu (ma fille est fan... sauf du zombie final toutefois - cette apparition de Béatrice Dalle rajeunie mais déchiquetée est en effet assez effrayante). Pour ma part, j'ai ri tantôt et plus que de raison, regrettant parfois de devoir tendre l'oreille pour déchiffrer la bouillie orale du commissaire, tapant indûment sur les cuisses de ma fille à chaque cascade de Carpentier (ah le con, putain).

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Après, chacun peut y plaquer sa petite interprétation personnelle. Ces clones, un rien agressifs sur la fin - et encore -, semblent donc guère être utiles au niveau des rebondissements ; il semblerait plus qu'ils incarnent cette petite déshumanisation progressive de notre très chère humanité : quelle est vraiment la différence aujourd'hui entre un véritable campeur et un extra-terrestre lobotomisé (le fait que l’un bave noir alors que l’autre bave du pastis ? C’est pareil, vous en conviendrez) ? Les clones ne sont là que pour imiter leurs pairs et n'ont pas un discours beaucoup plus constructifs que les Terriens sur les petites questions de société actuelle : sur ces pauvres migrants que l'on laisse pourrir dans des bidonvilles dans l'indifférence générale (ou que l'on hait pour se donner une contenance), sur ces partisans du Bloc qu'ont le cœur et le cerveau gras, sur ces catholiques cons comme du bon pain qui tendent toujours à rendre plus aigüe la voix des enfants de chœur... C'est littéralement l'apocalypse et je ne parle même pas de ces bouses huileuses qui tombent du ciel, véritable pain béni pour un Hulot s'il n'avait pas perdu le nord. Alors oui, je veux bien admettre que Dumont, tel un bon vieux tracteur à l'ancienne, prend un plaisir malsain à creuser et recreuser le même sillon, laissant tourner sa caméra parfois plus que de raison lors de certaines scènes - comme pour épuiser tout le suc de ses faux-comédiens ainsi que l'impatience bâtarde (on ne prend plus le temps de réfléchir, bordel) de ses spectateurs. J'ai pour ma part un peu espacé la vision de chaque épisode pour goûter à sa juste mesure ce petit concentré de plaisir absurde et finaud. Un chti peu répétitif mais quand on aime on compte pas (les secondes). Dumont reste au sommet de l'originalité française.  (Shang 22/11/18)

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