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Si vous n'avez vu aucun film français depuis 20 ans, vous trouverez beaucoup de plaisir à la vision de La Fête est finie, et vous y trouverez un souffle nouveau venu de la jeunesse nationale : de l'énergie, des scènes de boîtes de nuit, des filles qui s'engueulent puis se réconcilient dans des soirées-pyjama trop délire, des actrices débutantes, un fond social qui dénonce (et tant pis pour les conséquences), de la musique electro,... Maintenant, si vous avez déjà vu un film français, ne serait-ce que la semaine dernière, vous risquez fort de soupirer devant la tonne de clichés et de lieux communs édictés sagement par Marie Garel-Weiss, qui réalise son petit film à elle, comme si voir ceux des autres ne nous suffisait pas. Ça serait le premier film sur terre, on apprécierait plutôt : il y a dans ce film une vraie sincérité, et on note même dans la dernière bobine une volonté de sortir du marasme noir dans lequel a tendance à s'enfoncer le cinéma social français. Le film est écrit avec une application toute scolaire, ne dépassant jamais dans la marge, et mérite assurément toutes les aides du CNC pour scénario politiquement correct et bien dans les cadres. C'est concerné, connecté au monde actuel, dérangeant parce qu'on voit des filles déclassées qui se droguent, mais drôle aussi, ça oui, ça devrait lui valoir au moins deux T dans Télérama, non rien à dire : c'est une bonne copie.

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Deux nanas se rencontrent dans un centre de désintox. Après une ou deux prises de bec, c'est à la vie à la mort entre elles, et bien qu'elles fassent des conneries (ah la rechute ! ah les garçons ! ah la famille démissionnaire !), on sent bien que le petit coeur qui vibre en elles est bien plus fort que l'héroïne qui coule dans leurs veines. De foyer en squatt chez de vagues mecs, on suit leur périple pour échapper à leur funeste destin, leurs succès (pour l'une ce sera la rédemption au contact de la jolie nature) et leurs échecs (pour l'autre, ce sera les ponts de la capitale), avec toujours en fond leur indéfectible amitié. Bon, on le voit, le sujet est déjà vu, exploré, trituré, disséqué, discuté, pesé, débattu, montré, épuisé par le cinéma hexagonal (et autres) depuis 40 ans. Garel-Weiss n'ajoute absolument rien au débat, recopiant sagement les scènes obligées de ce type de production. Pire, elle en ôte même pas mal de qualités, à commencer par les actrices. C'est bien joli de vouloir faire travailler des débutantes, mais entre la pénible Clémence Boisnard, qui pense que jouer une droguée consiste à faire la gueule et rentrer dans le lard, qui survole son rôle de toute façon clicheteux et donne envie d'asséner des claques vigoureuses sur son minois pour lui apprendre à bosser un peu ; et la sombre Zita Hanrot, pas du tout le physique du rôle, actrice à deux expressions et demi, on ne sait où donner de la tête. Même les figurants sont mauvais et non-dirigés, c'est dire. Ce gros handicap annule à peu près tout, puisque côté scénario, on l'a dit, c'est vu et revu, et côté mise en scène, c'est péniblement fonctionnel et sans style : la dame fait des gros plans, bon, c'est facile, et plaque sur une photo particulièrement laide des acteurs pas aimés. Sur la fin, pourtant, on sent un regard (un vrai beau plan, sur la serre où bosse Céleste), une cinéaste sentimentale, cette sincérité qui marque le film mais qui ne suffit pas pour autant à le rendre intéressant. Dix minutes un poil plus intéressantes qui concluent ce film franchement éphémère.

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Ce film est édité par Pyramide Video (le site et la page Facebook de l'éditeur)sortira en DVD le 21 août, et est déjà en VOD. Sa vision nous a été rendue possible par le toujours nickel site Cinetrafic , qui propose sans rougir de retrouver son catalogue "films avec des jeunes" et "cinéma triste"...