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Une voix caverneuse, une capacité cosmique à ouvrir la bouche sans articuler, une démarche de félin sous tranxène, un regard bas et lourd, non pas de doute, Marlon Brando fut un acteur magnétique qui sut charmer en son temps toutes celles qui osaient franchir son champ de vision, toutes celles qui osaient porter une oreille à l'une de ses paroles délicieusement susurrées (merci les sous-titres, hein, tout de même) - et le spectateur de suivre le pas. Cet Homme à la peau de Serpent que je n'avais pas revu depuis... dix ans (ah, seulement) fait forcément écho à Cage dans Sailor et Lula, la comparaison n'étant pas forcément clémente pour le petit Nicolas : le jeu ultra-minimaliste de Marlon renvoyant l'hystérique Nicolas dans ses cages. Dès le départ, on s'amuse à voir notre Brando ramener sa carcasse de mâle maladroit et beau et tendre, on s'amuse à écouter cette voix d'outre-tombe qui semble être déjà revenue de tout. Le reste finalement, le scénar de Tennessee Williams, la présence de la Magnani et de la Woodward, la connerie consanguine de ces hommes du sud, importe peu.

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Mais tout de même, ne cessons point là notre chronique par flemme post-vacancière. Brando, cet homme à femmes qui décide de les fuir, ainsi que son passé, que sa ville d'origine, que ses conneries d’ado, est voué à retomber dans le tourbillon du désir, de la jalousie, de la haine, de la violence. Notre héros qui se déplace comme un léopard avec sa guitare (il n'en jouera quasiment jamais comme si cet instrument fidèle n'était plus qu'un oripeau de son lourd passé, sa croix) va échouer dans un magasin qui vend tout et rien, histoire de vouloir refaire sa vie, mener une vie saine, arrêter d'être emmerdé. Seulement voilà, son destin écrit par Tennessee est depuis le départ voué aux gémonies ; il y a d'abord cette folle de Woodward qui tente de le ramener vers cette vie de débauche, puis cette tentation amoureuse de la Magnani, seule femme peut-être à pouvoir l'aimer, seule femme peut-être dont il peut tomber amoureux, et puis surtout cette atmosphère de petit village de merde avec ces pontes qui se méfient comme de la teigne de tout corps étranger, avec ce mari de la Magnani, à l'article de la mort, qui aimerait tant, par jalousie, par connerie intrinsèque, par défaut, haïr et détruire une dernière fois son prochain. Brando a beau se révéler l'homme le plus cool du monde, faire passer Droopy pour un épileptique, il ne pourra empêcher cette petite mécanique du sud de lui tomber sur le râble, de prendre au piège ce serpent en pleine mue zen. La photo de Boris Kaufman marque des points, la gentille hystérie de Woodward fait sourire, les trente-huit tonnes de valise sous les yeux de la Magnani rendent bienveillant, le déferlement de haine et cette fin forcément tragique titillent, mais ce film joué sur un rythme plus lent qu'un match de curling sur gazon impressionne surtout par ces plans-séquences sur l'animal Brando, sur cette économie de moyen « ultime » dans son jeu, dans son phrasé. Un film visqueux, poisseux, langoureux qui se love autour des épaules de Brando. Un vrai plaisir d'acteur à défaut d'un grand pied cinématographique.

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 The Criterion Collection