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On peut aisément dire que Secret Sunshine n'est pas avare en rebondissements et en instants mélodramatiques. Jugez du peu : Shinae (Jeon Do-yeon totalement investie) décide, suite à la perte de son mari, de venir s'installer avec son jeune fils dans la ville natale de celui-là. Un choix curieux (pourquoi remuer la plaie ?) qui commence assez mal puisque sa bagnole tombe en panne ; cela lui permet toutefois de faire la connaissance de Kim, un type qui va dès lors se montrer très amical… et la suivre comme une sangsue. Shinae commence peu à peu à s'intégrer dans cette ville de province un rien hypocrite lorsque, ô rage, son fils est kidnappé. On pense que le film va tendre vers une sorte d'énigme policière « à la coréenne », que nenni : son fils est rapidement retrouvé, mort - ô désespoir... Shinae est anéantie, on le serait à moins, et se voit tannée par l'une de ses voisines de se tourner vers Dieu. D'abord totalement dubitative, Shinae va assister à une cérémonie durant laquelle elle va laisser craquer ses nerfs... Un soulagement nerveux qui va coïncider avec sa soudaine foi en Dieu... Un tournant libérateur qui va malheureusement être à nouveau mis à mal...

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Dire que Shinae n'a pas de bol serait un euphémisme. Est-elle maudite, condamnée à devoir errer comme une âme en peine solitaire sur cette terre ? Pas vraiment puisque son "ange gardien" (un rien branle-manette), Kim, essaie de se plier en quatre pour l'aider. L'homme est définitivement collant et finit, plus souvent qu'à son tour, de porter sur les nerfs, déjà fortement mis à l'épreuve, de Shinae. Elle l'envoie paître violemment plus d'une fois mais notre homme revient comme une balle de jokari... Un soutien gonflant en quelque sorte mais qui va permettre à Kim de se faire peu à peu sa place dans l'intimité de Shinae. Bien. On reste, disons-le, un peu partagé devant cette œuvre pour le moins éprouvante de Lee Chang-dong. Si on doit reconnaître qu'il parvient à donner énormément de relief à ses deux personnages principaux (Shinae, combattive, qui ne cesse de se prendre des murs ; Kim, chiant comme la pluie, maladroit, mais finalement assez touchant dans son jusqu'au-boutisme), on tique un peu plus devant certains brusques renversements psychologiques. La conversion de Shinae est on ne peut plus inattendue (d'autant que plusieurs fois, par le passé, elle s'est fait un plaisir de se moquer de ces croyances « naïves » en l’invisible), sa dévotion un peu too much (passages un peu longuets avec des grenouilles de bénitier du cru), et sa "dé-conversion" un peu facile... Lee Chang-dong, un tantinet cynique sur le coup, semble vouloir démontrer que l'être humain a bien du mal à trouver un saint auquel se vouer sur cette basse terre. Seul Kim finit par trouver sa petite place auprès de Shinae ; une place gagnée, cela dit, au forceps ; on se demande d’ailleurs si Shinae ne va pas, dans un instant de lucidité, finir par bazarder un jour ce type un peu lourdaud…

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Satisfaction, donc, au niveau du jeu des acteurs, de la mise en scène relativement fluide, des dialogues plutôt coulants mais des "hiatus" dans l’évolution de son personnage principal un peu dur à avaler. Lee Chang-dong, s'il joue parfois intelligemment de l'ellipse, a plus de mal à se la jouer subtil au niveau psychologique : il enfonce, à mon humble avis, un peu trop le clou pour nous montrer les revirements psychologiques de son héroïne, sans vraiment faire preuve du sens de la nuance... Un film "mélo-dramatique" où l'on voit quoiqu’il en soit tous les talents de metteur en scène de Lee Chang-dong. De quoi mettre en appétit avant la sortie (trop attendue ?) de Burning.

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 The Criterion Collection