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Paul Robeson, ce héros, cet homme, simple petit employé de train parti de rien, qui va atteindre les sommets avant de se faire rétamer comme une merde. Car Paul, disons-le franco, est tout sauf un homme humble... Il fait le timide devant sa congrégation et serre bien fort sa petite femme dans ses bras mais dès qu'il en aura l'occase, il se conduira comme un porc. Proche du président, lors de voyages en train, il sait en profiter pour toucher quelques extras ; il a ainsi de quoi faire le barbeau auprès des femmes, femmes qu'il drague en un claquement de doigt, femmes qu'il jette dès qu'il en a une autre en tête... Les femmes, puis le jeu, c'est l'engrenage, il tuera l'un de ses proches lors d'une partie qui tourne mal et finit au bagne. Fin de partie ? Non le Paul a de la ressource.

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Paul veut repartir à zéro : il cartonne un gardien, s'échappe du bagne, monte sur un bateau et rejoint à la nage une île au milieu de nulle part. Il sympathise avec le petit colon blanc sur place et ne tarde pas à monter en grade : il dégommera même le chef de l'île et se nommera lui-même empereur. Mais à force de trop tirer sur la corde et de faire subir aux autres tous ses caprices, les tambours de la revanche ne vont pas tarder à chauffer. Notre empereur a de plus en plus chaud aux fesses... On aime retrouver notre Paul, notre homme toujours séduisant auprès des femmes (Paul et son sourire qui tue), notre homme toujours impressionnant musculairement (torse poil au bagne, Paul est une masse). Un type qui sait jouer de ses charmes mais qui sait également se montrer plein d'opportunisme. Arrivé sur l'île les envies de pouvoir lui montent à la tête et notre homme, à force de se jouer des "bons sauvages" locaux, va jouer un petit jeu dangereux et se retrouver abandonné : s'enfuyant dans la forêt, il va faire face à tous ses vieux démons (l'image, en noir et blanc auparavant, se fait joliment bleutée) : à l'aide de surimpression sur l'image, Paul, en pleine forêt, est soudainement hanté par ses souvenirs guère reluisants, ses trahisons. Battement de tambours au loin, peur panique, c'est la petite partie sans doute la plus inspirée du film même si le suspense va tourner court. Auparavant, on aura eu droit à quelques rebondissements, quelques aventures, mais le tout filmé trop platement pour qu'on accroche vraiment à ce destin en forme de courbe de Gauss. Le petit employé devenu empereur finit comme un chien (la morale est claire, hein) et l'on retiendra surtout, une nouvelle fois, la performance de Robeson, toujours parfait pour jouer les fiers-à-bras - avant que la justice divine l'écrase comme une vulgaire bouse. Exemplaire et vintage. Avec modération.

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 The Criterion Collection