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Qu'il est long, le chemin, pour le brave spectateur à la recherche d'un bon film d'horreur. Kôji Shiraishi ne démérite pas, il fait le taff et cherche vraiment à nous faire peur. Mais metteur en scène comme je suis barde celte, il n'arrive jamais à faire monter la sauce de son petit film malin. Manque d'images-choc, manque de force, manque de cinéma, tout court, tant il est vrai que la puissance visuelle de celui-ci est sollicité dans le genre, Noroi fait très vite flop. Si on suit agréablement la chose, notamment grâce au jeu hystériquement japonais des acteurs, de la variation de tons et d'une intrigue fantastique plutôt bien menée dans ses deux premiers tiers, on se fatigue vite à traquer là-dedans quelque frisson que ce soit : c'est morne plaine, le gars se contentant bien souvent de recopier des (bonnes) recettes déjà vues dans les succès de ses camarades.

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Une pincée de fantômes chinois, un soupçon de sorcières à la The Ring, un petit bout de Malédiction, un je-ne-sais-quoi d'humour absurde et de grotesque, le tout habillé sous les oripeaux usés du found-footage à la Blair Witch, et emballez c'est pesé. A moindre frais, vous obtenez un de ces innombrables films faciles à faire, ne nécessitant pas d'effets spéciaux et ne se foulant pas pour faire monter une angoisse bon enfant. Ici, c'est l'histoire d'un spécialiste du paranormal qui disparaît mystérieusement, mais dont on retrouve la dernière VHS qui va tout nous expliquer. Le prof, accompagné d'un cadreur épileptique (pourquoi les films de found-footage sont-ils toujours confiés à des cameramen atteints de parkinson ?), remonte la piste d'une malédiction liée à l'ensevelissement d'un démon dans les eaux d'un fleuve lors de la construction d'un barrage, malédiction qui déborde sur des personnages d'aujourd'hui, tous envoûtés façon somnambules à grognements et regards fixes. Rajoutez une couche de magie noire et le tour est joué. Shiraishi joue plutôt pas mal avec les différents médias (émissions de télé, reportages, passages d'une caméra à l'autre, films d'archive) et trousse un petit film sympathique avec rien du tout : il sait à bon escient se moquer de lui-même, notamment grâce à ce médium "ghostbusterien" complètement fêlé ou à son personnage principal, balourd ébaubi par tout ce qu'il voit. Trop long d'une demi-heure, le film sait alterner les tons et nous faire patienter jusqu'à son final tout en tension ; mais c'est justement ce qui manque tout au long de la chose : la tension. Shiraishi fait monter la sauce, puis désamorce toutes ses situations, ne les menant jamais au bout, si bien qu'on a l'impression d'être pris pour des perdreaux. S'en dégagent parfois quelques images dont on sent bien le potentiel graphique, jamais exploité : un enfant à une fenêtre, une femme qui vrille soudainement, une scène de somnambulisme. Mais l'ensemble est terne et sans saveur. L'impression qu'on nous vend un sandwich triangle en nous faisant croire à du Bocuse.

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