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Vous aimez la révolution, le Mexique et la pêche au filet ? Ce film a donc été taillé sur mesure pour vous. Voici une œuvre d'un autre temps (où on pensait que les idées de gauche pouvaient triompher, ahah) exhumé par le gars Scorsese - ces "petits" films internationaux voués à disparaître et joliment restaurés... Redes se distingue à la fois par une image ultra-lumineuse (Paul Strand à la manœuvre) et un scénar ultra dramatique. O pauvres pêcheurs mexicains qui doivent attendre pendant huit longs mois la venue des poissons et qui, à la haute saison, triment comme des bêtes (et ça rame, et ça lance le filet et ça tire le filet) ; tout cela pour gagner une poignée de centavos... Le héros, le jeune et beau Miro, morfle d'entrée : sans argent, il ne peut soigner son fils... Il meurt, bam, et quelle triste procession que celle qui emmène ce mini cercueil dans ce trou frappé par le soleil. Miro peut-il s'en remettre ? Lorsque le poisson afflue à nouveau, il reprend du baume au cœur - c'est cool la pêche, enfin, surtout à l'époque, quand les poissons n'étaient pas encore en plastique. Mais notre Miro redevient tout colère quand il se rend compte que le boss (un type à la moustache effrayante) les spolie. Le vent de la révolte a sonné, encore faut-il convaincre ses pairs de se battre !

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Strand aime à filmer ces hommes en colère en contre-plongée et à faire entrer les cieux dans son cadre. L'image irradie et l'on apprécie particulièrement ces parties de pêche filmée filmées de façon quasi-documentaire. On est sur le bateau, avec les hommes, et on aurait presque l'impression de trimer avec eux si on n’était pas nous-mêmes en vacances. On suit la chose dans sa durée et l'on sent que ce métier n'est pas un boulot de rigolo. Seulement voilà, l'homme étant l'homme depuis la nuit des temps, il en faut toujours un pour exploiter les autres. Miro filmé du haut de sa colline va tenter de galvaniser les siens contre le boss ou les petits politicards à la solde des gens friqués (heureusement, depuis, cela a bien évolué, ahahah). Le cri de guerre est lancé mais il faudra d'abord se battre contre les siens pour que la prise de conscience se fasse. Miro ouvre les yeux au sien, veut leur donner une nouvelle dignité mais notre héros attirera une nouvelle fois la foudre des Dieux. Miro, le martyr de tous les pêcheurs... Les réalisateurs tentent de la jouer le plus sobre possible au niveau des dialogues, laissant souvent la musique prendre le pas lors des moments d'euphorie (the fish is back !, sonnons trompettes) ou lors des moments plus graves (le sacrifice de Miro, faisons pleurer violons). Une histoire de révolution basique, pleine de bonne volonté (poissons et pêcheurs sont magnifiés), bénéficiant d'un éclairage strandien qui donne un véritable cachet à la chose : une histoire joliment illustrée (ceci dit sans bienveillance) avec des personnages d'un bloc, qui manquent malheureusement d'un brin de profondeur psychologique. Vintage et local.

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The Criterion collection