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Il y a un style Gonzalez, qu'on le veuille ou non, que l'on retrouve dès les premières secondes du film : une musique kitschouille moderne (c'est possible), des acteurs à la voix douce et posée, des situations toujours originales qui oscillent entre grotesques et burlesques - ou qui tombent un peu à plat, première petite concession faite aux opposants du Yann... On aurait sans doute voulu plus aimer ce film au scénar giallesque des plus intéressants : alors qu'un "tueur de pédés" n'en finit plus de sévir (et un et deux et trois meurtres... série en cours) - une histoire de vengeance amoureuse aux racines profondes ? -, notre pauvre Vanessa déprime au quotidien sur un amour (lesbien celui-ci) auquel sa partenaire vient de mettre un point final. On fait bien entendu rapidement le parallèle entre les morts de cet amour (passé ?) et la mort de cet amour. Sans livrer la clé de ce giallo tendu et sanglant, on notera juste (et vous oublierez cette notation avant de l'aller voir, si ce n'est déjà fait), il y a une tension constante entre cette volonté de tirer un trait sur un ancien amour et cette incapacité chez Vanessa de faire le deuil du sien. Qui dit tension dit érection (je sais pas vous, mais moi je fais forcément le lien) et cela tombe plutôt bien puisque notre amie Vanessa, productrice de pornos gays, doit à la fois faire face à des acteurs qui l'ont molle (heureusement, il y a le génial Bouche d'or qui intervient (Pierre Pirol, le jumeau de Pierre Ménès, mais dont la spécialité, comme son nom l'indique, est plus à trouver dans le registre bucal que dans celui du football) et des acteurs qui sanguinolent (la lame de couteau cachée dans un god, c'est diablement traître). La menace plane de plus en plus au-dessus de la tête de notre Vanessa qui va devoir naviguer entre forêt enchantée et chambre obscure (les salles de cinoches où ses propres films sont projetés) pour tenter de résoudre l'énigme de cette brochette de massacres...

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Un jeu d'acteurs qui semble toujours un peu décalé (la palme au toujours surprenant Nicolas Maury), des situations incongrues qui arrachent souvent un rictus (le branlage en parallèle au téléphone, suivi d'une éjaculation probante : De Palma est définitivement battu sur l'utilisation du split screen), une Vanessa au rimmel dégoulinant qui se donne corps et âmes, voilà quelques-unes des satisfactions de cette nouvelle mouture gonzalezienne... Après, après... Oui, le rythme est un peu lancinant (chaque meurtre apporte heureusement un peu de jus...), la musique, à force, un rien plombante (hommage forcé aux BO d'Argento ?... hum, hum),  le scénar un rien abracadabrant (ce vengeur masqué, qui bénéficie d'un certain laxisme de la police (anti homo, qu'elle serait, la police ?), peut se permettre toutes les mises en scènes imaginables pour commettre ses crimes et ce, bien sûr, sans jamais se faire choper)... Sans jamais se faire choper, sauf si la communauté gay (fan de cinoches de genre : la salle de cinoche, c'est un peu leur havre de paix) se solidarise... On est toujours un peu sur le fil, comme devant certains films de Guiraudie, oscillant entre l'appréciation de la patte (griffue) de son auteur (et son défilé de personnages plus ou moins improbables : autant cet homme à la patte d'oiseau demeure tout à fait crédible autant la réapparition de Romane Bohringer (!!!! 45 kilos en moins, autant dire qu'il en reste rien) tient indéniablement de la magie noire...) et un certain ennui (on restera forcément beaucoup plus bienveillant sur les grosses ficelles et le côté un peu fauché du bazar... l'hommage au giallo pouvant justifier la chose). En un mot, deuxième mouture de l'ami Yann qui continue de m'intriguer sans me séduire encore complétement...   (Shang - 26/07/18)

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Définitivement original et barré, oui, du cinéma bis comme il en manque tellement dans le paysage français, branquignolle, de mauvais goût, qui va choquer mémé (souvenir ému du film passant au festival du Cap d'Agde, et de ces rangées de sièges qui claquaient nerveusement) et réchauffer le coeur des nostalgiques d'Argento comme de ceux de Bénazéraf. On a beau grincer des dents, Gonzalez assume ses goûts qu'ils soient sexuels ou esthétiques, et vous les brandit sous le nez façon morveux avec une belle insolence. Insolence qui n'exclut pas une extrême sensibilité : sous les jets de sperme se cachent des sentiments forts et très fiévreusement montrés, le premier degré ne concerne pas que les inspirations sexuelles. Gonzalez est un hyper-sensible qui se cache sous les effets de style clinquants et kitschs, sous les boules à facettes et sous les excès corporels, et on lui sait gré d'exister.

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Bon. Paradis n'est pas terrible, c'est vrai. Elle est carrément en roue libre lors de ses déclarations d'amour intenses, et sa voix d'oiseau, très trafiquée, est pénible. Mais à part ça, le film est très émouvant, et quand il ne l'est pas, il est très drôle. Gonzalez ne s'interdit aucune idée, même douteuse, et va à fond dans les archétypes homo qui font grincer les dents des phobes. Son petit groupe de passionnés amoureux, qui mêlent boulot et sexe avec une belle santé, est génial, depuis le fameux Bouche d'or (qui n'est pas payé, car il n'a besoin de rien) jusqu'au cameraman (Mandico, tiens), depuis l'acteur fêtiche (le génial Nicolas Maury) jusqu'à cette compagnie de joyeuses tantes qui font leur numéro devant cette réalisatrice heureuse de faire ce travail-là, sans tabou. Le sourire lumineux qu'elle arbore à la fin des tournages réchauffe le coeur. L'intrigue policière greffée là-dessus est l'occasion de pousser un peu plus les curseurs du baroque, LE genre que Gonzalez préfère de toute évidence. S'il est moins à l'aise dans les scènes plus naturalistes (celles avec Romane Bohringer, notamment), il est très inspiré dans celles-ci, où les couleurs, la musique, les cabotinages d'acteurs forment un tout uniquement destiné à la déstabilisation du public, et à son bonheur. Pour ma part, deuxième grand bonheur avec ce cinéaste, décidément un des plus attachants du moment.   (Gols - 27 /12/18)

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