COLTS-SOLEIL--2-

En bon adepte du néo-western, Peter Collinson semble errer ici à la frontière des genres, des styles, des pays, des trames, et nous sert un film certes maladroit à plein d'endroits, mais bougrement intrigant par son ton et ses styles. Tout comme ses origines un peu floues (réalisé par un Anglais en Espagne avec des fonds italiens et des inspirations littéraires françaises, et pourtant sur les traces de ses glorieux aînés américains), le film semble jouer avec l'histoire même du western, avec un résultat un peu abstrait, presque beckettien (oui, m'sieur dames) qui marque vraiment pendant une bonne heure. Un style erratique complètement en phase avec son scénario et son côté tâtonnant (la distribution est un grand n'importe quoi). Ça raconte le parcours d'un cow-boy devenu amnésique après une mystérieuse fusillade qui ouvre le film de façon tonitruante : on a déjà là-dedans ces plans torves à la western-spaghetti, ce montage très rapide à la Peckinpah, ce silence et ces gros plans à la Leone... et cet aspect ringard de l'ensemble à la production italienne la plus bâclée. Le gars se retrouve donc à devoir chercher son identité, qu'il distingue de plus en plus au fur et à mesure de ses rencontres : est-il ce légendaire Noon, tueur à gages invincible et sans pitié (le titre original semble donner quelques pistes de réponse) ? En tout cas, le gars est plus qu'adroit au maniement du flingue, et rôdé aux bagarres les plus bourrines. Les méchants rôdent, les coups-fourrés sont pléthore, les trahisons sont le lot commun, la vie va être rude pour notre Richard Crenna carrément paumé. Il va peu à peu se redécouvrir, et la fusillade finale sera dantesque pour peu que vous aimiez les cow-boys mourant en poussant de grands yaargh et en faisant des roulades et les rochers très lourds en polystyrène.

f2a48910

Un Hombre Ilamado Noon n'est pas resté dans les annales, et c'est bien dommage. On s'est trop, à mon avis, accroché à son style bizarre et surtout à son final calamiteux. La dernière demi-heure rappelle les pires heures des péplums fauchés, et on a carrément l'impression que c'est un autre mec qui a réalisé cette partie. Mais la première heure est super intrigante : Noon, avec sa mémoire en lambeau arpente une sorte de Far-West (espagnol, pour le coup) déréalisé, vide, presque métaphysique, comme s'il traversait son propre mental à la recherche d'indices. Le monde apparaît comme codé, absurde, cryptique : le gars peut pénétrer dans une maison, prendre un passage secret, se retrouver ailleurs, y attendre on ne sait qui, traverser des villes-fantômes, croiser des personnages étranges, le tout dans un seul mouvement ; comme si l'intrigue ne servait à rien, ou plutôt recyclait des lambeaux de trame issus d'autres westerns et les collait aléatoirement ensemble. La musique, qui rassemble aussi des bouts de thèmes disparates (il y a un gimmick des Sept Mercenaires, les élans lyriques à la Il était une fois la Révolution, du folk à la Pat Garrett et Billy le Kid, ...) épouse bien ce mouvement, cette quête intérieure dans un monde sans sens. Pas sûr que ces choix soient vraiment volontaires, mais le fait est que le film se délite complètement dans une quasi-abstraction, ce que confirme cette image voilée chère aux films intellos de cette époque, les décors complètement vides et magnifiques, et le jeu hébété de Crenna qui semble mené par ce scénario incompréhensible. Collinson épouse la vision de cet homme sans mémoire, victime de visions et de flashs d'action, et sert un film que n'auraient pas renié un Monte Hellman ou un Jarmusch des grands jours. Il adapte en plein ce concept de western crépusculaire en vidant son film de tensions scénaristiques, faisant advenir de façon absurde les scènes, tout en plaçant soigneusement là-dedans toute la panoplie de ce qu'il faut y mettre : de la baston, des femmes fatales, des méchants ricanants, des fusillades, de l'or et des cavalcades. Un bidule très étrange, en tout cas, hybride et malhabile, mais qui remue doucement.

les-colts-au-soleil

Go west, here