outrage-coda-2

On commence à être épuisé par cette série de films rigoureusement semblables de l'anciennement grand Beat Takeshi. Les trois films sont les mêmes, et jamais le gars ne songe à y ajouter quelque plus-value ou quelque perfectionnement que ce soit, comme si, désormais en boucle dans l'univers qui fit sa gloire jadis, il ne savait que bégayer sans idée toujours les mêmes motifs, les mêmes personnages, coincé dans une faille temporelle... Outrage : Coda déploie donc la même histoire que Outrage et Outrage : Beyond : celle souvent brumeuse d'un yakuza louvoyant entre les guerres de gangs, les règlements de compte et les meurtres violents, entre les Sanonori et les Hanashibo ou des noms dans ce genre, parvenant par sa ruse et sa frontalité à se sortir des situations les plus dangereuses. Les mêmes scènes de réunions de gangs, les mêmes petits pics de violence avec fusillades de masse, les mêmes parrains éphémères finissant leur existence une balle dans le corps dans des restaurants au milieu des putes, les mêmes chefs trahissant les mêmes sous-chefs avec l'appui des mêmes sous-sous-chefs, bref on n'y comprend souvent goutte, mais on s'en fout tant tout ça est vu et revu depuis toujours, non seulement dans le cinéma de Kitano, mais dans le cinéma tout court. Les acteurs apparaissent et disparaissent métronomiquement dans l'indifférence totale du spectateur, qui ne sympathise jamais avec ces caractères interchangeables, fades, épais comme des timbres-poste, simples figures déréalisées servant de chair à canon au seul personnage un tout petit peu plus intéressant : Otomo (Kitano lui-même), opaque tueur à la Delon, électron libre dans ce monde fermé par les codes et les rituels immuables.

large-screenshot3

A peine remarque-t-on que Kitano est de plus en plus figé dans son jeu, et doté dans ses vieux jours d'un zozotement bizarre. C'est le seul changement. A part ça, tout, mise en scène, jeu d'acteur, scénario, est un copier-coller des autres Outrage, et ça commence à devenir un peu gênant. D'autant que quand on compare ça aux grands films du gars, on se rend bien compte qu'il a perdu en route pas mal d'humour, pas mal de style, pas mal de personnalité. Ce film est ennuyeux et plat, même si Kitano s'applique à inventer quelques scènes qu'il voudrait décalées (son amitié avec un pêcheur de soles / tueur à gages). Jamais il ne parvient à faire décoller ces longues palabres de mecs en costume et ce froid dispositif hyper-codé qu'il met en place. Une fin de carrière bien douloureuse pour le maître, et pour l'ex-fan...

outrage-coda-980x0