louis jouvet copie conforme 1947

Si vous avez envie de voir Louis Jouvet cabotiner gaiement sur un scénario gentiment retors pendant 1h30, libre à vous. Pour ma part, Copie Conforme m'a franchement ennuyé. Je suis pourtant assez client de Louis Jouvet, et ce film semble être idéal pour l'amateur du bon vieux comédien : il y interprète 800 rôles à vue de nez, puisqu'il y est escroc de haut vol. Se déguisant tour à tour en aristocrate vieillissant, en brave déménageur ou en dandy grande époque, il se glisse à chaque fois avec visiblement un plaisir total dans la peau de ses personnages, ici ajoutant un accent traînant, là une moustache, là une dégaine, là un pantalon bouffant, bon. Le bougre accomplit des cambriolages virtuoses, dans la première bobine on s'amuse relativement, surtout que lui sont opposés des crétins de base, éternels seconds rôles français toujours plaisants à regarder. Ça se gâte quand apparaît à l'écran un sosie de l'escroc, en l'occurrence un brave loser timide et maladroit, interprété donc toujours par Jouvet : s'il excelle dans les bourgeois cyniques, il se plante dans cette composition du petit mec, et il a beau ajouter force râclages de gorge et moult tassements d'épaules pour bien nous montrer qu'il est un acteur de composition stanislavskien, on n'y croit plus. Le cabotinage peut toucher même les plus grands.

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Dès lors, le scénario déroule paresseusement une trame rocambolesque faite de remplacements de l'un par l'autre, de faux alibis et d'entourloupes grand crin, dont on se fout complètement tant l'absurdité de la chose est totale. On se dit que la police était bien concon à l'époque. Peu importe, me direz-vous : l'important est de sourire aux trouvailles de comédien du gars Jouvet. Le film lui déroule le tapis, tous les autres (dont un Jean Carmet tout jeune) ne sont que les faire-valoir du gars, et sont traités comme des pions par un Dréville aux abonnés absents. Même Suzy Delair, en charge de la partie amoureuse transie, et dont l'amour va doucement glisser d'un Jouvet à l'autre, est faiblarde, sans charme, tellement cucul que c'en est énervant. Au bout de 30 minutes, c'est plié, on se dit qu'on n'aura droit à rien d'autre que ça : quelques dialogues qui se veulent piquants (le fatal Henri Jeanson à l'écriture), des grimaces d'acteur en roue libre, une mise en scène sans invention, des effets spéciaux pour le coup remarquables (un système de caches très habile), un film sans caractère. Dréville entre dans notre liste de réalisateurs par la petite porte.

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