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Pire que le film psychologique, pire que les films de Xavier Dolan, pire qu'un coup de pied dans les parties, voici le film avec accent de Marcel Pagnol ; il fallait bien qu'il apparaisse un jour sur ce blog, ne serait-ce que pour avertir les enfants du risque de fêlure de rétine. La Femme du Boulanger n'est peut-être pas le pire de Pagnol, mais il côtoie le fond du cinéma tout court : pour tout dire, c'est à peu près inregardable aujourd'hui. Je sais bien qu'il faut le replacer dans son contexte, hein, mais quand même : nos pères étaient-ils vraiment tous aussi cons, aussi phallocrates, aussi bas du front, aussi dégoulinants de bon sens rance ? Ou est-ce réservé à cette Provence fantasmée par un Pagnol réac et fier de l'être, ce petit coin de paradis mythifié, rempli en fait de crétins (mais tellement attachants, nous dit le film), qui se disputent pour un rien, se bourrent la gueule toute la journée, s'esclaffent au simple mot de "cocu", et ne sont jamais plus heureux que quand on leur donne du pain ? Voilà en tout cas qui dément le fameux discours du "c'était mieux avant" : si on en croit ce film, avant, c'était l'enfer.

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On connaît tous l'histoire, adaptée d'une nouvelle de Giono (pas sa meilleure, en passant) : un brave boulanger récemment installé dans un village reculé de Provence, sa femme qui part dès le premier jour avec un berger, le gars qui s'en remet pas, le village qui s'organise pour retrouver la fuyarde, ah te voilà Pomponnette, etc. Commençons donc par noter qu'avec une histoire tellement privée d'intérêt, Pagnol arrive à faire 2h20 de métrage. C'est long comme un roman de Pagnol, rempli de répétitions et de scènes inutiles uniquement destinées à relever le caractère drolatique des seconds rôles : des soulards hilares, une grenouille de bénitier coincée, un marquis tout en verbe, un curé hyper rigoureux, un instituteur communiste (je sais que vous pourriez trouver les adjectifs vous-mêmes, c'est plus que facile). La caricature est appuyée comme pas possible, chaque scène est un nouvel exemple de l'absence complète de regard de Pagnol sur ses personnages, de tentative de leur donner un tant soit peu d'épaisseur, de complexité ou d'originalité. Non, on reste dans les clichés les plus cons, on ne dérange pas le spectateur confit dans ses idées toutes faites. Et dire que c'est Giono qui est adapté... Le pire est peut-être ce berger, qui joue comme un cochon, ramassis de tous les clichés du bellâtre de l'époque. La longueur du film sert aussi à cet immense acteur qu'est Raimu pour cabotiner tout à son aise : il faut bien quelques kilomètres de pellicule pour lui permettre de balancer ses bons mots en prenant des mines clownesques, histoire qu'on partage sa détresse de cocu tout en s'en moquant gentiment. Raimu interprète LE pauvre type plein de bon sens paysan qu'on aimait à cette époque : sa femme le quitte, mais il ne songe pas à l'engueuler ou à la comprendre, il est dans le déni, raconte qu'elle est partie chez sa mère, et quand elle revient vers ce mari asexué, à la tendresse dégoulinante, quand elle renonce enfin à sa vie d'aventurière, à éprouver un tant soit peu de sensation, il l'accueille avec compréhension et sans discuter (c'est la chatte qui prend). Brave boulanger qui fait du pain délicieux, il est con comme un panier percé mais si bon artisan... Le portrait du brave type, visiblement, alors que j'ai juste eu envie de m'asseoir et de pleurer devant sa crétinerie arriérée.

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Avec ce scénario sur-écrit, supérieur par rapport à ses personnages, paresseux, petit malin, Pagnol se dit qu'il n'est pas la peine de faire de la mise en scène. Il filme donc tout ça absolument n'importe comment. Des plans de coupe d'amateur (les gros plans sur Raimu quand il réagit au discours du curé à l'église, l'horreur faite cinéma), un montage ternissime, des champs contre-champs de pépé, des cadres issus du théâtre, c'est consternant. Pagnol n'est pas un cinéaste, ça, on le sait, mais on eût aimé qu'au moins il ne bâclât pas ainsi le boulot. On se retrouve donc au bord de la syncope au bout de ce long, très long, très très long film pittoresque comme je suis pongiste, ringard et vieille France. Aux chiottes, Pagnol.