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Xavier Giannoli fait toujours des films avec un véritable fond, dommage une nouvelle fois qu'ils soient trente minutes trop longs, histoire sans doute de maintenir un suspense (les cinq dernières minutes !) un peu vain. Anna a donc vu la vierge, ce qui, à notre époque, relève du miracle (un peu comme une mesure sociale). Vincent Lindon, grand reporter (il peut tout faire le Vince), est employé par le Vatican pour enquêter sur ce curieux phénomène : Marie is back on earth or fake news ? Vincent, entouré d'hommes de religion, d’une psy (elle a morflé Elina Löwensohn, me dites pas le contraire), de théologiens, bref de toute une bande de petits bras, est bien résolu à aller au bout du bout. Lui, la vérité, ça le connaît ; ce n'est pas pour autant qu'il rejette en bloc les convictions de la chtite Anna avec son regard d'illuminée... Dieu est-il encore parmi nous ou les êtres humains n'ont-ils plus besoin de lui pour, par leur sacrifice, devenir de véritables saints (Bernard) ?

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Lindon, yeux rouges, concerné, concentré fait comme d'habitude le taff quand il s'agit de ne pas se dérider pendant 2h20 : Vincent, il tient sur la longueur, il contrôle tous ses muscles du visage, il ne lâche rien. Il va se lancer dans une enquête tout terrain en tentant d'interroger tous les proches d'Anna, cette pauvre petite Anna née sous X et trimballée de foyer en foyer. On sent dès le départ que son entourage, sur les lieux saints, en particulier les deux prêtres à la gueule bénite, ne sont pas franchement catholiques - il y a un truc qui foire, entre ce morceau de tissu confié par la vierge et qui ressemble à un sac à patates et ce business de statues en plâtre made in China un rien malsain. Anna cache quelque chose (une blessure, une amie, un drame ?), Lindon en est persuadé mais il va devoir s'employer tant et plus pour lever le voile (ce qui peut ici constituer un jeu de mot). Ça traîne, ça patine, la chtite, remplie de doute, commence à ne plus s'alimenter et Lindon va devoir faire fissa pour comprendre toutes les motivations de la chtite... qui sont louables, qui sont belles, qui sont pures... Et si ce n'était pas là l'essentiel dans ce monde de profiteurs : être capable d'être encore touchée par la grâce en se sacrifiant pour les siens ? C'est assez malin (le diable probablement) comme scénario, pour ne pas dire retors (tout accable cette enfant accusée par les adultes de vouloir se faire remarquer... quand eux-mêmes se la pètent un brin) ; Lindon, touché au départ du film par la mort de son comparse, va même retrouver au passage une certaine foi (voyez où je veux en venir) en la vie. Bref, c'est futé. Dommage encore une fois que Giannoli ait besoin de longs couloirs musicaux à la Audiard (Desplat n'étant pas libre, il a récupéré quelques bien jolis compos de Delerue, entre autres) pour étaler, comme on ferait avec de la confiture, son mystère. Malin, donc, dans le fond, mais un peu fastidieux dans la forme.   (Shang - 09/08/18)

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C'est même carrément à deux doigts d'être très mauvais, si vous voulez mon avis. 30 minutes trop long, dit mon collègue, et je le trouve trop aimable : voilà un film interminable, qui n'aborde qui plus est jamais son sujet en plus de deux heures de temps, et se contente de tourner autour comme un puceau, ne prenant jamais à bras-le-corps le fond du problème (pourtant riche). Dès le départ, on soupire face à ce personnage d'un bloc joué par un Lindon qu'on n'a pas vu aussi fadasse depuis longtemps : un journaliste de guerre qui vient de perdre son acolyte dans un combat, la dépression guette, hop on vous l'envoie traiter une sombre histoire d'apparition de la Vierge, ben voyons. Chargé de mille traumas, Lindon a beau tirer la gueule et se la jouer hérisson mal réveillé, il n'apporte aucune profondeur à ce personnage beaucoup trop écrit pour être crédible. En face de lui, une comédienne un peu meilleure, il est vrai, mais qui, à part la grâce illuminée très clicheteuse, n'a pas grand chose à jouer. Ces deux-là sont au service d'une histoire qui se voudrait profonde, qui interrogerait la force de la foi, les horreurs de l'Eglise, l'exploitation des croyances, le combat entre doute et conviction, ce genre de choses. Mais, empêtré dans une histoire policière rocambolesque, dont n'aurait pas voulue un auteur de polar du dimanche, Giannoli oublie complètement de parler de tout ça, faisant simplement mine de s'intéresser à ses personnages archétypaux. Le fim se perd dans des longueurs infinies, fantasmant ici une possible relation amoureuse entre Lindon et l'illuminée, là une emprise pédophile d'un curé (Patrick d'Assumçao semble inventé pour le rôle). Rien n'est creusé, aucune relation entre ces personnages qui servent de symboles faciles à la trame, et représentent tous un cliché dont ils n'arrivent pas à se départir. Giannoli fait preuve aussi, et c'est assez rare chez lui, d'une grande paresse de mise en scène en plus de celle de l'écriture : son film, bien qu'éclairé avec talent (le soleil de la montagne), est fade et anonyme, succession de scènes attendues filmées au plus rapide. Un cinéaste définitivement inégal, qui réalise là un de ses plus mauvais films.   (Gols - 20/12/18)

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