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On se fait plaisir en révisant ses classiques avec ce petit mille-feuilles amico-romantico-sportif que constitue City Lights. Les lumières, de la ville, justement, ne brillent guère puisque l'amitié est conditionnée à l'état d'ébriété du partenaire de Charlot (généreux à mort quand il est saoul comme un porc, individualiste quand il se retrouve sobre comme un macroniste), que les flics (tout de noir vêtus) rôdent (ils ne les portaient pas dans son cœur, les keufs, Charlot... Il a dû influencer toute mon enfance et la suite), que les coups pleuvent (Charlot sur un ring, ça vire au pugilat) et que l'amour est aveugle (il fallait s'y attendre, la perche était tendue). C'est forcément cette dernière partie qui se révèle la plus touchante avec un nouveau partenaire féminin (Virginia Cherrill, premier film, et ses yeux de noyée) qui craque sur Charlot sans le voir... Le Tramp peut en effet tout miser sur ses bonnes manières puisque la belle est littéralement aveugle. Charlot biche de pouvoir plaire sans qu'on le voit, la belle se révélant finalement sensible à ses simples battements de cœur. Charlot comme dans Modern Times va devoir se plier en quatre pour trouver un travail (ramasseur de crottes dans la rue... Les chevaux, ça va, l'éléphant, là, tu serres des dents), job dont il ne va que trop rapidement se faire virer. Il ne pourra compter que sur sa pugnacité en montant sur un ring (joli moment burlesque avec cette extraordinaire chorégraphie avec l'arbitre : tout se joue sur la pointe des pieds) puis sur son nouveau pote alcoolo après un nouveau coup du sort (et dans la tronche) : il parvient à lui extorquer mille dollars, joie de courte durée car il passera quelques secondes plus tard pour un voleur (cette sale image de Charlot... lui si tendre, pour ne pas dire efféminée (il faut voir ses petites mines avant le combat de boxe), qui termine toujours inexorablement sa course en prison)... Il aura heureusement, dans une ultime scène, une dernière opportunité de rédemption, si l'amour est encore capable d'ouvrir ses yeux pleins d'innocence.

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De la tendresse, de la sueur, de la bringue, on passe d'un univers à l'autre dans ces petits "sketches" parfaitement réglés autour d'une histoire, dans l’ensemble, des plus cohérentes. On admire à chaque fois chez Chaplin cette capacité à finir chaque scène par une pirouette, par un gag, comme si finalement toute la scène était organisée autour de ce but ultime (le coup du « sifflet avalé » et les chiens qui finissent par envahir la fête bourgeoise, le gros tonneau renversé sur le voisin du dessous de sa tendre et chère, le pote ivre mort au volant qui ne savait pas lui-même qu'il conduisait (et qui amène Charlot à prendre la place derrière le volant))... On aime aussi ce parfait sens du timing (le jeu de Chaplin qui avance et recule devant une vitrine alors qu'une trappe s'ouvre dans son dos, le combat de boxe, once again, la séquence des multiples noyades avec son nouveau pote imbibé d'alcool puis moult fois humidifiés...) : chaque scène est réglée comme du papier à musique (même le chat fait tomber le pot de fleur sur Chaplin dans un timing parfait), millimétrée, chronométrée, donnant du rythme à l'ensemble du film - faisant ainsi fermer plus aisément les yeux sur l'enchaînement des saynètes. Alors, oui, bon, on s'emballe on s’emballe même si on doit reconnaître au fond de nous-même qu'il n'y a pas là la folie burlesque de Modern Times et que Paulette Goddard nous manque, ne serait-ce que pour manger, même aveuglément, des bananes (Charlot s'en tape une, lui, de banane – nostalgie, déjà ?). Mais on ne va pas tout de même pas finir sur cette petite note déceptive : City Lights montre une nouvelle fois que le petit Chaplin est le grand homme cinématographique de son temps. 

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