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Ah René Clair, ce bon vieux cinéma de Studio où l'on recrée toute une rue parisienne filmée à la grue, ses chanteurs de rue, ses bagarres à la lumière des réverbères, ses petites donzelles roumaines dont le cœur chavire au moindre coup de vent... Le héros de notre histoire est Albert Préjean qui vend de petits fascicules chansonniers dans les rues, fait chanter les gens sous le regard de pickpockets (non roumains, eux, pour le coup) et vit dans une chambre de bonne sous les toits. L'héroïne de notre histoire est Pola Illéry qui écoute des chansons dans la rue, vit d'amour et d'eau fraîche et repose dans une chambre de bonne sous les toits. Ils sont faits pour se rencontrer, ils se rencontreront et ce malgré le voyou-maquereau de service, le moustachu Gaston Modot as Fred, malgré le bon pote qui a également un coup de cœur pour la donzelle (mais qui n'a jamais dit son dernier mot, le pote), malgré les flics qui rôdent et qui trouvent toujours un truc pour vous mettre la menotte (oui, c'était solo avant, la menotte). On se croise dans un café, on se balade dans la rue (Clair filme souvent leur jeu de jambes et j'aime), on s'invite chez soi en tout bien tout honneur. En 1930, on est encore prudes et on couche pas la première nuit - ou alors simplement violents et on embrasse tout ce qui passe sans demander son avis (et son envie) (technique violente du siècle dernier à condamner). Albert et Pola n'osent partager leur couche et s’allongent donc chacun d'un côté du lit, par terre (gag) ; Pola a peur des mains baladeuses d'Albert qui a, malgré lui, les mains baladeuses : il finira par lui laisser sa couche - une nuit de perdue mais un jalon de posé comme on disait jadis. Des petits baisers ensuite échangés (c'est moins romantique que chez Borzage, même sous les toits de Paris, mais qui peut égaler Borzage dans le domaine ?) et rapidement les emmerdes qui rappliquent : Albert se fait accuser d’un vol qu'il n'a pas commis (il a de mauvaises fréquentation cela dit) et va direct au trou sans avoir le temps d'en avertir Pola... Aura-t-il droit à la rédemption après moult combats (contre Fred, question d'honneur, contre son pote, question de principe) - version optimiste en cet entre-deux-guerres plutôt terne - ou va-t-il devoir se remettre à battre le pavé en solo - version fataliste, sur une "ritournelle" jouée à l'accordéon ?

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Sous les Toits de Paris, soyons d'abord technique, à la particularité de varier les plaisirs : de longues séquences en musique comme à l'ère du muet puis de soudains passages dialogués pour montrer la maîtrise et l'apport de la technique. C'est un peu curieux, ce mélange tout du long, mais ça passe. On est en décors non naturels mais dans la veine réaliste avec personnages bien de chez nous, des malfrats aux flics en passant par les michetonneuses, les chansonniers, et les petits branle-manette de quartier. On s'attend à du bon vieux romantisme vintage (et à un poil de sensualité avec ces jarretières d'un autre âge) mais il nous faudra ronger notre frein. Albert semble plus apte à provoquer la bagarre (le type semble rompu à l'exercice : à la moindre anicroche, allez, on pose la veste et on sort - c'était plus fun et plus radical à l'époque du fleuret ou du pistolet) qu’à jouer les jolis coeurs. On pense que cela sera plus saignant avec l'apparition de couteau lors d’un street fight mais la lame tombe vite à terre et l'on revient aux bonnes vieilles mornifles de base... On est bien dans la culture popu avec ces airs de chansonnettes bien grinçants et cette loi du plus fort un peu trop systématique (tu m'as pris mon beurre, allez viens que je te casse la gueule - j'aurais pas fait long feu à l'époque et bouffé du pavé...). L'amour peut-il triompher, ou au moins l'amitié, ou alors la justice (Albert est un bon gars, un peu gentillet et donc bon) ? Rien n'est moins sûr dans cette époque qui sans le doute et les petites combines. Sous les toits de Paris s'avère finalement un film « au ras du pavé », avec des personnages d'époque et une morale assez noire. Un bon vieux film de studio du gars Clair, sans vraiment de lyrisme (malgré la musique quasi omniprésente) ni de séquences particulièrement euphorisantes (la Roumaine a un joli minois, parfois même joliment photogénique, mais ses multiples retournements de veste opportunistes grisent le personnage). Tout le monde n'a pas les dons ni la magie du vieux Franky. Pas vraiment aérien dans le fond ou dans la forme.

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